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Les principes techniques du style Shotokaï Murakami
1- Le Shotokaï Murakami ne se définit pas par les quelques « variantes » du style Shotokan, visibles en observant, de loin, l’exécution d’un Kata. Ce style est le fruit d’une recherche entreprise par Sensei Murakami Tetsuji, sur les bases de l’enseignement de Sensei Egami Shigeru, entre autres sur le développement de l’énergie interne.
C’est ce qui explique, par exemple, les positions très basses du Zen Kutsu et le fait qu’il n’y a pas de Kiaï sonore systématique en bout d’embusen dans les Katas.
Les katas sont globalement les mêmes que ceux du Shotokan, car Egami Shigeru était le successeur de Funakoshi Gishuin. Certains mouvements comprennent cependant des variantes (notamment des inversions entre Zen Kutsu et Kiba Dachi, ou encore entre Zen Kutsu et Ko Kutsu)
Le salut, la présentation et l’étiquette se déroulent dans une attitude plus souple (qui ne change rien à la détermination du regard), ne jugeant pas nécessaire de traduire sur la plan physique l’attitude mentale.
La recherche de la fluidité du Ki (continuité de l’énergie) conduit à ne pas marquer de temps d’arrêt entre les mouvements du Kata. L’enchaînement des mouvements étant plus fluide, les mouvements fondamentaux paraissent moins brusques et saccadés.
Les attaques cherchant à bénéficier de tout l’élan du corps, il est possible que le pratiquant se laisse parfois entraîner par l’élan de son attaque, à faire un ou deux pas pour prolonger l’énergie de son mouvement. S’il est entraîné par l’élan du hara, avec une attitude correcte du corps, il ne s’agit donc pas d’une perte d’équilibre.
Les Kiaï sont silencieux.
2 - Le Maître Murakami pratiquait également le Kendo. Il a développé le Shotokaï dans l’esprit du Budo, c’est-à-dire en restant fidèle à l’adage « Un coup, une vie ».
Ceci explique pourquoi, dans le Kihon, le Shotokaï Murakami ne cherche pas à faire étalage d’enchaînements de techniques très diversifiées. C’est à la qualité d’exécution de Gedan baraï /Oï tsuki et de Taïkyoku shodan que l’on juge réellement le niveau d’un pratiquant avancé, et non pas à la multiplication d’enchaînements spectaculaires (dans la réalité, un combat ne se déroule pas suivant un long scénario prédéterminé). Autrement dit, après un ou deux coups, le combat est censé être terminé (tout en restant Zanchin), ou repris si l’un des adversaires n’est pas éliminé.
3. La recherche de l’unité du corps et de l’esprit permet de lancer des attaques très profondes, dans lesquelles la vitesse de l’ensemble du corps est engagée, pour ne laisser à l’adversaire aucune possibilité de fuite ou de riposte.
Si le corps et vraiment lancé dans l’axe d’une l’attaque très sincère et pénétrante (« un coup, une vie »), on ne lui demandera pas de s’arrêter net après l’exécution d’une technique (de verrouiller la position). Des pas supplémentaires peuvent avoir lieu, pour retrouver l’équilibre si le corps est sincèrement emporté par l’élan.
Le Zen Kutsu est beaucoup plus bas et plus allongé. Le corps est en semi-profil, pour ajouter de l’allonge au coup de poing
La formation du poing est différente (le médius ressort pour concentrer toute l’énergie du coup sur les points vitaux, le poignet est plus creusé)
Le poing part d’abord, et entraîne le pied et les hanches.
On doit sentir que les coups « traversent » l’adversaire virtuel. La distance parcourue à chaque pas est très longue.
La notion de stabilité est différente : le corps ne s’immobilise pas tout de suite après le coup. Le corps est propulsé en avant, à la suite du poing, dont l’énergie est acquise par la vitesse. Le pratiquant peut être conduit à faire un pas de plus si l’énergie de son corps l’entraîne au-delà du premier pas.
Recherche de souplesse et fluidité : pas de démonstrations intempestives de force et de rigidité. La véritable efficacité ne cherche pas à « s’afficher»: ce qui est visé c’est un meilleur emploi de l’énergie, en éliminant toutes les raideurs inutiles.
4 - En tant que Budo, le style Shotokaï Murakami adopte pour principe de ne pas reculer dans les défenses. Il cherche plutôt à développer, dès le début, la notion d’irimi. C’est l’anticipation systématique de l’attaque de l’adversaire qui permet à Uke d’entrer profondément en avançant sur lui et d’essayer de prendre ainsi l’avantage mental. La défense de Uke cherche à tirer parti de l’addition de la vitesse de son corps et de celle de Tori
Dans le kumite, étant donné que le Zen Kutsu est plus bas et plus allongé et les attaques plus pénétrantes, la distance de départ entre les deux adversaires (Maaï) est plus grande que pour les autres styles.
Le coup est porté dans l’élan du corps. L’attaquant cherche à « traverser » l’adversaire, ce qui le conduit à ne pas s’immobiliser devant lui pour porter son coup : l’attaquant doit se laisser porter par l’élan de sa propre attaque. Il peut même arriver que l’élan du corps entraîne Tori derrière Uke.
La contre-attaque doit se faire en entrant « avec le hara », ce qui peut conduire Uke à se retrouver assez près de son adversaire, en fin de contre-attaque. Il est recommandé à Uke de croiser l’adversaire le plus près possible de son corps, pour se protéger d’une éventuelle contre-attaque. La contre-attaque suit l’attaque en un seul temps. Pour éliminer l’adversaire, même une contre-attaque sur place doit « entrer » en utilisant le Yori ashi.
Après l’attaque ou la contre-attaque, la reprise de la distance (maaï) se fait dans la recherche de la concentration et de l’harmonie avec l’adversaire, en reprenant sa garde à la même vitesse que son adversaire reprend la sienne, en parfaite communication avec lui (même s’il est lent).
La défense de Uke ne recule pas devant l’attaque de Tori. On entre dans l’attaque. En règle générale, les défenses se font en avançant, pour aller chercher l’attaque de Tori le plus près possible de son point de départ. La défense est rarement un « blocage » : elle met à profit la force et la vitesse de l’attaque pour la dévier de sa trajectoire et rendre la contre-attaque plus efficace (d’où l’utilisation de Taisabaki avec un angle très aigu)
La recherche de l’harmonie avec le partenaire est donc un critère d’évaluation beaucoup plus important que la seule « propreté technique ».
La contre attaque se fait la plupart du temps avec Yori ashi, dans le timing de l’attaque de Tori.
Etant donnée la formation du poing spécifique au ShotokaÏ, (le médius qui ressort pour concentrer toute l’énergie du coup sur les points vitaux), il n’est pas possible d’appuyer les contre-attaques : il faut un parfait contrôle du coup. Cependant, même si la contre attaque peut ne pas être portée, elle doit rester crédible (trajectoire et sensation d'efficacité). Une fois l’attaque portée, le poing ne doit pas être retiré précipitamment, mais stoppé net. Il doit être plutôt appuyé, immobilisé pendant un bref moment, pour donner la sensation qu’il aurait pu « traverser » l’adversaire.
Continuité et fluidité du Ki : il ne doit pas y avoir de « trou » entre la défense et la contre-attaque. Lorsqu’un mouvement est bien fini, le suivant commence aussitôt.
Lorsque Uke considère qu’il n’a pas pu prendre un avantage suffisant et qu’il est parti trop tard, il utilise les différentes formes de Taï Sabaki,et tente de reprendre l’ascendant sur Tori, sans le lâcher un instant. Il est préférable de partir trop tôt en prenant l’avantage mental, que trop tard.
Si l’on relie les trois notions-clés précédentes (1 : « Un coup, une vie », 2 : Attaques très profondes, 3 : Irimi), on comprendra pourquoi le style Shotokaï Murakami ne pratique pas le combat de compétition. En effet, la logique du Shotokaï Murakami conduit à éviter ce type de combat où l’on touche légèrement l’adversaire, sans entrer profondément dans l’attaque, sans porter un coup décisif dans les points vitaux, et où l’on reprend le combat aussitôt, comme si le coup porté n’avait pas été décisif.
Pour nous, le véritable test consiste en Midaré, travail d’enchaînement d’une suite d’Irimi-anticipations. Midaré est une forme de préparation au combat contre un ou plusieurs adversaires, très caractéristique du Shotokaï Murakami. Il est constitué d’une succession d’assauts, dont la difficulté évolue en fonction du grade. Il s’agit d’une succession de coups portés à un niveau déterminé (ex. : Oï Tsuki à un niveau chudan, ou gedan, ou bien Mae geri…), par un adversaire, puis deux, puis trois, et ceci jusqu’au combat contre plusieurs adversaires, une fois arrivé aux plus hauts niveaux (en entraînement, il peut être pratiqué jusqu’à abandon, épuisement ou élimination d’un des adversaires).
Au niveau du premier dan, il s’agit d’un enchaînement de trois attaques en Oï tsuki, auxquelles répond chaque fois Uke, par une entrée en « Irimi ». Après la dernière attaque, Uke « élimine » s’il le peut Tori par une contre-attaque portée dans le bon « timing ».
Tori est jugé sur la sincérité et l’efficacité de chacune de ses attaques, notamment sur sa capacité à bien se repositionner dans l’axe de l’adversaire. Il est primordial que le jury veille à ce que les attaques de Tori soient droites et sincères, et à ce qu’il ne modifie pas la trajectoire de son attaque en cours d’exécution (ce qui signifierait alors qu’il n’a pas attaqué « à fond »).
Il faut toujours vérifier l’action et la position du hara.
Dans Irimi, Uke est jugé sur son sens de l’anticipation de l’attaque, sa recherche de l’harmonie avec Tori, la capacité à rentrer à fond dans l’attaque, à se replacer chaque fois dans l’axe de l’attaque en recherchant le bon maaï. Il est également jugé sur sa capacité à maîtriser chaque fois le « timing » de l’attaque, et à utiliser si nécessaire le lâcher prise du Taï sabaki, pour garder la communication avec Tori et essayer de reprendre l’ascendant sur lui.
Tous ces critères sont relatifs en fonction du grade postulé (1° ou 2° dan)
Pour en savoir plus, voir le site www.mushinkai.net
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