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Section KARATE
8 - La revue
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Souplesse, force et rapidité
Nous vous proposons dans cette rubrique un regroupement des principaux articles de la revue Shoto-infos, qui permettent d'approfondir.
 
Cette revue est gratuite et n'a pour but que de participer à la la diffusion des idées et des techniques développées dans la pratique du Karaté-Do Shotokaï Murakami.
 
 
 

Mai 2005

SHOTO-Infos n° 17
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 

Troisième question :

Comment concilier souplesse, force et rapidité ?

 
 
 
 

            La vraie rapidité ne se voit pas

 
Certains pratiquants de karaté sont obsédés par la recherche de la rapidité. Superficiellement, cette rapidité est séduisante : leurs gestes paraissent lvifs et énergiques. En réalité, selon Musachi, la focalisation sur la vitesse est, justement, un obstacle à la progression :
« La rapidité ne s’inscrit pas dans la véritable voie de la stratégie. Lorsqu’on dit rapide, c’est qu’un retard a été pris par rapport à la cadence des choses, c’est ce que veut dire rapide ou lent.
Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent pas rapides. […]
La rapidité est l’amorce d’une chute, car elle produit un décalage dans la cadence. Bien sûr, trop de lenteur est aussi mauvais. »
 
Pour Musachi la véritable maîtrise passe plutôt par la fluidité des enchaînements et par la suppression des temps morts :
«  Les gestes d’un bon adepte paraissent lents, mais il n’y a nul espace mort entre ses gestes. Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent jamais pressés  […]
Si vous voulez pourfendre avec un mouvement rapide, le sabre, qui n’est ni un éventail ni un couteau, ne tranchera pas en raison de la rapidité. […]
Dans la stratégie de groupe aussi, il est mauvais de penser à se précipiter en cherchant la rapidité […] Si vos adversaires agissent trop rapidement, vous appliquez l’attitude opposée, vous vous tranquillisez et vous évitez de les imiter. Il faut bien vous entraîner en élaborant cet état d’esprit. »
 
Musachi a même fait de la maîtrise de la lenteur une de ses stratégies :
« Voici ce que j’appelle la frappe de l’eau courante. Vous vous battez à égalité avec votre adversaire, et chacun cherche à trouver une opportunité. Dans cette situation, lorsque l’adversaire essaie, en hâte, de reculer ou de dégager son sabre, ou de repousser votre sabre, vous élargissez votre corps et votre esprit. Vous frappez amplement et puissamment, en avançant le corps en premier et le sabre ensuite, avec un mouvement bien lent en apparence, comme une eau courante qui semble stagner.».
 
Tokitsu précise cette sensation, que l’on peut appliquer au Karaté :
« Il ne s’agit pas de frapper vraiment avec lenteur, mais de créer une cadence qui donne l’apparence de stagner. […] Cet élargissement subjectif comporte la même puissance latente que celle du courant lorsqu’il traverse un large bassin ».
 
 
 

            La souplesse et le relâchement, plutôt que la vitesse apparente

En fait, la vitesse et la force s’obtiennent davantage en évitant les contractions inutiles, susceptibles de freiner les mouvements, que par la force musculaire par elle-même. C’est ce que nous dit le Maître Egami :
« L’apparence est trompeuse. Bien que les mouvements paraissent faibles, en réalité ils ne le sont pas. Quand le corps et les mouvements étaient rigides et l’énergie dispersée, les techniques avaient l’air d’être fortes. En réalité, il n’y avait que l’exécutant qui sentait que ses attaques étaient puissantes. La seule satisfaction était de son côté ; ce n’était que de l’autosatisfaction. L’adversaire ne sentait pas la force de l’attaque, et la pratique qui consistait à arrêter les mouvements était réellement dangereuse. Elle pouvait signifier la mort pour celui qui le faisait.
Une attaque qui paraît faible, douce et relâchée, dans laquelle l’énergie est concentrée, transpercera n’importe quoi. »
 
 
 

            Souplesse de l’esprit, souplesse du corps

 
Pour Egami, la recherche de la souplesse commence dès l’échauffement et est une attitude de l’esprit :
« La différence entre le Karaté d’aujourd’hui et celui d’avant s’étend même aux exercices d’échauffement, car si la manière de penser change, tout va changer. L’accent est mis désormais sur la souplesse à la fois du corps et de l’esprit. »
« En commençant par l’entraînement de son propre corps, la pratique continue avec l’entraînement de l’esprit. A la fin,  on réalise que le corps et l’esprit ne sont pas deux, mais une seule chose. Là est la vraie pratique. »
 
Autrement dit, c’est la souplesse générale du corps et de l’esprit qui permettent de concentrer toute l’énergie sur le poing :
« Pour ceux d’entre nous qui commencèrent à pratiquer le Karaté il y a longtemps, le fait de chercher à rendre nos corps rigides a eu pour effet de nous muscler, mais notre puissance était dispersée dans diverses parties de notre corps. L’idée actuelle est que le corps doit être relâché, souple et fort, et le pouvoir concentré sur un point. Surtout, l’esprit doit être clair, c’est-à-dire sans pensées, et tous les mouvements doivent être pratiqués de manière naturelle. Sans un esprit clair et souple, le corps ne peut pas être souple. »
 
 
 

            La souplesse se trouve au-delà de la fatigue physique

 
Pour conduire les pratiquants vers la souplesse et la décontraction du corps, les entraînements du Maître Egami et du Maître Murakami passaient inexorablement par une phase d’épuisement physique :
« Il vaut mieux commencer par pratiquer un kata facile, tel que Taikyoku, dans un groupe où quelqu’un donne des ordres. Il doit être exécuté dix, vingt, cinquante cent fois, sans s’arrêter. Vous ne serez pas capable d’utiliser beaucoup votre tête mais vous ne vous y attendrez pas. A ce point, vous allez pratiquer de manière épuisante, sans vous soucier si votre corps est rigide ou pas. Pratiquez durement, c’est tout.
Que va-t-il se passer ? Dans le cas de jeunes pratiquants dotés d’une grande énergie et vigueur, qui exécuteront les katas de cette manière, ils vont s’épuiser après dix ou vingt répétitions, parce qu’il y a une limite. En continuant à pratiquer, ils vont être de plus en plus épuisés, jusqu’au point de ne plus pouvoir tenir debout, leur respiration deviendra haletante, et leur vue va se troubler. [...] En continuant dans cet état, ils vont devenir semblables à des automates et seront incapables de placer la moindre énergie dans leurs mouvements. Pour dire les choses simplement, ils ne sauront pas ce qu’ils sont entrain de faire.
A ce stade, ils vont réaliser que leurs mouvements sont devenus doux et naturels. L’esprit est devenu inutile, mais les mouvements auront été acquis par le corps lui-même.
Si la pratique continue, ils parviendront au stade où l’esprit est très clair et les mouvements du corps ont été compris. Ils vont simplement tout oublier et ramper sur le sol. Ils vont à plusieurs reprises se perdre et se retrouver, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils ressentent une forte euphorie. [...] Les mouvements du corps et le flux de sensations seront très confus au début, puis ils deviendront très sereins et finalement on entrera dans un état de tranquillité et de concentration, et la respiration deviendra régulière en dépit du caractère épuisant des mouvements. »
 
 
 
 

 


Défenses et attaques
 
Mai 2005

SHOTO-Infos n° 16
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
 

Deuxième question :

Pourquoi travaille-t-on les défenses comme si elles étaient des attaques ?

 
 
            Rechercher la fluidité du passage de la défense à l’attaque       
 
Miyamoto Musachi préconise qu’il n’y ait pas d’interstice entre la défense et l’attaque :
« Dans la stratégie individuelle, au moment où l’adversaire va vous attaquer avec une forte volonté, vous l’amenez à renoncer à son acte en utilisant une cadence efficace. Dans la cadence de son retrait, vous trouvez un moyen efficace pour vaincre, et vous prenez l’initiative d’attaquer […] avec l’esprit vide. »
 
Pour Musachi la défense doit être faite en pensant à pourfendre l’adversaire :
« Voici ce que j’appelle la parade avec le plat du sabre. Au cours du combat, lorsque les échanges d’attaques et de défenses entre adversaires deviennent stagnants et répétitifs, […] vous parez une attaque en tapant avec votre sabre, qui vous appliquez contre celui de l’adversaire, côté contre côté, et vous frappez ensuite. Ne tapez pas trop fort et ne pensez pas à parer. En réagissant convenablement à l’attaque de l’adversaire, vous tapez sur son sabre et vous le frappez immédiatement en prolongeant cette tension. ».
 
Le Maître Egami a également décrit ce passage permanent de la défense à l’attaque et vice-versa :
« Dans le vrai combat, il n’y a que deux alternatives à considérer : prendre l’offensive ou être dans la défensive. Mais à partir de l’offensive, on peut passer à la défensive, et à partir de la défensive, on peut passer à l’offensive. Ainsi, on peut dire que « la défense égale l’attaque ».
« Il a été dit que l’attaque est la meilleure des défenses. C’est l’objectif ultime, mais il doit être compris d’une manière particulière. […] On doit atteindre le stade où, l’attaque et la défense ne font plus qu’un. Les techniques de défense ne sont pas faites que pour bloquer ; à partir d’elles, on peut instantanément passer à l’attaque. »
« Qu’ils soient faits lentement ou rapidement, les mouvements doivent être fluides [liquides] et ne doivent jamais s’arrêter abruptement. Ils doivent être, d’une certaine manière, des mouvements sans début ni fin. »
 
Egami indique également que l’énergie de la défense doit provenir des hanches :
« Il me sembla que le Gedan baraï qui provenait des hanches était peu pratiqué. Et à cause du manque d’entraînement des hanches, la manière de frapper était faible. Nous fumes étonnés lorsque un homme dont l’attaque avait été bloquée avec un Gedan baraï fut envoyé voler plusieurs pas en arrière. C’était pourtant la fonction originale d’une défense. »
 
Selon Egami, la défense doit être effectuée dans l’esprit d’une attaque :
« Il y a plusieurs façons de penser les techniques de défense. Il va de soi qu’on peut imaginer différentes situations qui pourraient arriver en combat réel. Malgré tout, on peut neutraliser une attaque passivement, ou bien prendre une attitude beaucoup plus positive et défendre tout en étant dans une position d’attaque. J’en fis une règle de défendre en attaquant aussitôt que mon adversaire commençait à attaquer, en le frappant à l’estomac immédiatement après la défense. Je savais, grâce au combat réel, que cela rendrait la défense beaucoup plus efficace. »
 
On comprendra alors sans doute mieux pourquoi, en Shotokaï, même les défenses se font en avançant sur le partenaire, alors que, dans les plupart des autres styles, jusqu’à la ceinture noire, on absorbe l’attaque en reculant.
 
 

            L’objectif avancé de la défense : rendre le combat inutile

Lorsqu’on observe des pratiquants de Shotokaï de haut niveau, on a l’impression, que le défenseur « colle » aux mouvements de l’attaquant, stratégie qui est justement préconisée par Musachi (il suffit de remplacer « sabre » par « bras ») :
« Dans une situation où vous et votre adversaire frappez tous deux avec le sabre, lorsque l’adversaire pare votre attaque, vous collez votre sabre contre le sien et vous vous approchez de lui en maintenant cette adhésion. Adhérer doit donner la sensation qu’il est difficile de séparer les sabres, il faut s’approcher sans avoir trop la sensation de force. Lorsque vous collez votre sabre contre celui de l’adversaire et maintenez cette adhésion, il vous est possible d’approcher en toute tranquillité ».
 
Tokitsu commente ainsi ce passage :
« Cette technique consiste à faire adhérer votre sabre à celui de l’adversaire de façon subtile. Lorsqu’il veut attaquer, vous déviez son sabre sans le laisser décoller du vôtre. Lorsqu’il veut retirer son sabre, vous le suivez également sans permettre aux deux sabres de décoller. L’adversaire perdra ainsi le combat. ».
 
Le plus important, pour Egami, c’est l’anticipation de la trajectoire de l’attaquant :
« Ce qui est nécessaire, c’est d’anticiper la direction de l’attaque avant de défendre. […] Supposez que l’adversaire soit conduit à attaquer. Son attaque est alors bloquée avec un Gedan baraï. A ce moment, il est très proche et on peut répliquer avec une attaque au corps. En même temps, bien sûr, il ne faut pas qu’il y ait de mouvements ou de formes inutiles, et il faut s’appliquer à les éliminer tous. »
 
Parvenus tous deux à ce stade d’harmonie, l’attaquant et le défenseur peuvent s’entraîner à percevoir la « faille » l’un de l’autre, tel mouvement de défense pouvant se transformer tout naturellement en attaque si l’occasion s’y prête…
« J’aimerais poser une question cruciale : si, au lieu de vous opposer aux mouvements de votre adversaire, vous bougiez avec lui de manière naturelle, que se passerait-il ? Vous sentirez que vous et lui êtes devenus un, et que lorsqu’il bouge pour frapper, votre corps va se déplacer naturellement pour prévenir le coup. Et lorsque vous devenez capable de cela, vous découvrez un monde complètement différent - un monde dont vous ignoriez l’existence. Quand vous ne faites qu’un avec l’adversaire et lorsque vous vous mouvez naturellement avec lui, sans opposition, alors il n’existe plus de première attaque. La signification de l’expression « il n’y a pas de première attaque en Karaté » ne peut pas être comprise tant qu’on n’a pas atteint ce stade. ».
 
Les adeptes les plus avancés de l’art du sabre décrivent le stade où, face à un grand Maître, l’attaque devient impossible et le combat inutile :
« Dès que [Shirai Tôru] prenait le sabre, émanait de lui une atmosphère à la fois austère et pure, puis une puissance infranchissable jaillissait du bout de son sabre […] Je ne pouvais même pas me tenir en face de lui. J’ai voulu atteindre son niveau et je me suis entraîné sérieusement mais, à mon regret, j’en étais très éloigné. Je lui ai demandé un jour pourquoi  je sentais une frayeur pareille devant son sabre. Alors, il m’a répondu en souriant : « C’est parce que tu as fait quelques progrès en sabre. Celui qui n’a rien ne sentira rien ». » (citation d’un Maître de sabre du XIX°, Katsu Kaishû, 1823-1899, in Tokitsu, Musachi p. 320).
 
 
 
 



Porter des attaques profondes
 
Mai 2005

SHOTO-Infos n° 15
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
 
 
 

Première question :

Pourquoi porter des attaques aussi profondes ?

 
Chaque professeur de Club a pour mission de transmettre son expérience à ses élèves, d’accompagner la progression de chacun en lui donnant, au fur et à mesure de son développement technique, un certain nombre de clés de compréhension des principes du Budo. Ces principes du Budo sont destinés à ouvrir son esprit et à forger son mental (sachant que l’ouverture de l’esprit ne vient que lorsque le corps est capable de réaliser ce que l’on à compris).
 
Sans nous substituer aux professeurs, nous avons pensé consacrer les sept prochains numéros de Shoto-Infos à des questions transversales propres au Budo, que tout pratiquant sera conduit, un jour ou l’autre, à se poser :
    1.        Pourquoi porter des attaques aussi profondes ? (n° 15)
    2.        Pourquoi travailler les défenses comme si elles étaient des attaques ? (n° 16)
    3.        Comment concilier souplesse, force et rapidité ? (n° 17)
    4.        Comment définir Irimi et le sens de l’anticipation ? (n° 18)
    5.        Comment garder l’esprit vide tout en essayant de dominer l’adversaire ? (n° 19)
    6.        Comment s’y prendre face à des adversaires nombreux ? (n° 20)
    7.        Pourquoi répète-t-on toujours les mêmes techniques ? (n° 21)
 
Pour cela, nous nous sommes appuyés sur l’enseignement du Maître Murakami, sur les textes du Maître Egami (The way of karate), mais aussi sur ceux du célèbre Maître de sabre Miyamoto Musachi, auquel le Maître Murakami rendit hommage dans sa préface du Manuel pratique du Karaté-Do (publié à Toulouse par Robert Lasserre, en 1974) : «  Myamoto Musachi, le célèbre samouraï du XVII° siècle, qui est mort dans son lit à l’âge de 63 ans. Il avait survécu à plus de soixante combats. On raconte qu’il était capable de juger la valeur d’un adversaire à sa démarche ou en prenant le thé avec lui ».
 
Le rapprochement du Karaté-Do Shotokaï avec l’art du sabre n’est pas incongru. En lisant les Ecrits sur les cinq éléments de Musachi, traduits par Tokitsu (Kenji Tokitsu, Miyamoto Musachi, éd. Désiris, 1998), nous avons été frappés par un certain nombre de similitudes. Or, justement, lorsqu’on lit la biographie du Maître Murakami, on apprend qu’il étudia non seulement le Karaté, mais aussi, en même temps, le Kendo, l’Aïkido ainsi que le Iaïdo. (voir sa biographie sur le site Internet du groupe Mushinkaï, www.mushinkai.net, ainsi que sur notre propre site)
 
De même, le Maître Egami (qui conduisit le Maître Murakami à se convertir au Shotokaï lors de son retour au Japon en 1967) reconnaît lui-même avoir été profondément imprégné par la pratique de différents arts martiaux, dont le Kendo :
 
« Quand j’avais vingt ans, j’allai dans les montagnes et appris le maniement du sabre auprès d’un homme âgé, qui était habillé comme un fermier. Je me souviens clairement de la manière dont il prenait le sabre de bois de ma main et brisait la branche d’un noisetier. Je me souvins également, d’avoir pratiqué l’Aïkido dans mes années d’études, ainsi que le Judo et le Kendô à l’époque du collège. Je me souvins aussi comment un de mes aînés m’avait conseillé d’arrêter le Karaté et de me concentrer sur les autres arts martiaux, car, selon lui, le Karaté est une pratique primaire comparée aux autres arts martiaux. Les différents types d’arts martiaux que j’étudiai fusionnèrent en un seul dans mon corps. Progressivement, j’en vins à comprendre le sens du Dô, ou de la Voie »
 
 
 
 
 
 
            Les attaques profondes du Shotokaï Murakami et l'art du sabre
 
Plutôt que de reculer prudemment sur une attaque - comme on le voit faire par les pratiquants d’autres styles, lors des passages de grade à la Ligue - le Shotokaï Murakami nous enseigne à avancer sur l’attaque de l’adversaire, ce qui est beaucoup plus difficile à réaliser. Ceci n’est pas dû à une originalité du Maître Egami ou à une singularité du Maître Murakami. Ils n’ont fait que mettre en application les principes fondamentaux du Budo, issus des écoles de sabre traditionnelles.
 
 
 

             Ne penser qu’à traverser l’adversaire 

Miyamoto Musachi :
« Vous parez, frappez, touchez, collez, effleurez le sabre de l’adversaire qui vient vous pourfendre, tout cela est l’occasion de le pourfendre. Il faut bien retenir cela.
Si vous pensez à parer, si vous pensez à frapper, si vous pensez à toucher à coller à effleurer, l’acte de pourfendre risque d’être insuffisant. L’essentiel est de concevoir que tout ce que vous faites doit être une occasion de pourfendre. »
 
Autrement dit, si on le transpose au Karaté : il ne faut pas penser à défendre, à bloquer ou à esquiver, il ne faut penser qu’à traverser l’adversaire.
 
 
 
    « La frappe qui porte loin le coup »
 
Toujours dans le domaine du sabre, Musachi évoque la manière de porter le coup décisif :
« Dès que l’adversaire manque de s’effondrer, persistez à le repousser par des attaques certaines, afin qu’il ne puisse plus relever la tête. Repoussez-le avec un esprit direct et puissant, et frappez-le en envoyant loin le coup, pour qu’il ne se relève plus. Il faut bien comprendre la qualité de cette frappe qui porte loin le coup. »
 
Musachi explique bien que, pour porter loin le coup, il faut prendre une certaine distance : « Si vous ne prenez pas de distance par rapport à l’adversaire, cette frappe est difficile à réaliser ». Rien d’étonnant à ce que, en Shotokaï, les adversaires partent d’une distance assez en Kumité.
 
Tokitsu, qui est lui-même karatéka, explique les avantages psychologiques de cette « frappe qui porte loin le coup » :
« La sensation n’est pas de frapper puissamment, ou amplement, mais de frapper de façon que votre force porte  bien plus loin que l’endroit touché. L’adversaire a l’impression que la force de la frappe couvre son corps en allant au-delà. Dans cette situation, même s’il n’y a pas de répétition de plusieurs frappes, il a l’impression d’être pris par une frappe continuelle. L’adversaire a alors l’impression d’être dominé par une force qui lui est largement supérieure. »
 
 
 
            Le coup de poing qui traverse
 
Dans son ouvrage The way of Karaté, Maître Egami a rendu compte du moment où il a découvert le « coup de poing qui traverse » :
« Même lorsque je pratiquais avec le plus de sincérité et avec toute ma volonté, mes attaques n’étaient pas efficaces. Le choc de cette découverte me conduisit naturellement à entretenir des doutes sur le coup de poing en Karaté […] Je partis à la recherche du secret. J’étudiai une grande quantité de littérature et fis même un voyage à Okinawa pour y demander l’opinion des vétérans en Karaté. Mais leurs réponses furent ambiguës et je n’obtins pas une once de secret. Bien que j’aie demandé à être frappé, peut être plus d’un millier de fois, je ne trouvai pas un seul coup qui fut vraiment efficace, à l’exception d’une seule fois.
Dans un kumité, je devais faire une attaque haute et mon adversaire devait la bloquer et ma frapper au plexus solaire. Quand il le fit, je sentis l’air quitter mes poumons. Je pensai que j’étais sur le point de mourir. Le coup devait avoir combiné le rythme, le timing et la distance (chôsi, hyôshi, et ma no torikata). Aujourd’hui, quand je repense à cet incident, il me semble que cette combinaison a dû avoir lieu fortuitement, au cours de l’entraînement. »
« La chose la plus importante est la manière dont vous sentez : pratiquez comme si votre coup transperçait votre adversaire ou votre makiwara.
C’était en début 1956 que je commençai à avoir confiance dans mes attaques. Je demandai à un collègue de me laisser frapper son estomac. Il refusa parce que c’était deux mois après mon opération de l’estomac, pensant que ne n’avais pas suffisamment de force et ayant peur que la cicatrice ne s’ouvrit..
 J’insistai et il accepta finalement. En faisant attention à protéger mon propre estomac, j’envoyai mon poing très légèrement. A ma grande surprise, le coup fut très efficace, et il s’écroula. Vous pouvez imaginer combien je fus heureux, sachant que la direction prise par ma pratique n’avait pas été erronée.
En 1960, un étranger qui était un grand enthousiaste du Karaté s’adressa à moi et me demanda de frapper son ventre. C’était un homme grand, qui, disait-il, avait laissé les autres pratiquants frapper son estomac sans ressentir le moindre mal. Je ne voulais pas le faire tomber, c’est pourquoi je plaçai deux coussins autour de son ventre. Ce que j’avais à l’esprit c’était de voir si mon coup traverserait son estomac et sortirait par son dos. Mon premier coup léger ne lui fit rien, mais le second fut différent. « Il a traversé ! » s’écria-t-il. Plus tard, il fit savoir qu’il dut se lever et aller aux toilettes plusieurs fois dans la nuit et que, désormais, il croirait tout ce que je lui dirais. »
 
Pour développer ce « coup de poing qui sort par le dos de l’adversaire » le Shotokaï recherche tout particulièrement l’unité du corps et de l’esprit :
 
Egami :
« Je réalisai que ma façon de penser l’énergie avait été fausse, parce que l’énergie, pour moi, avait signifié jusqu’alors celle du corps et des bras. Ce que j’aurais dû penser, c’est l’énergie du corps en tant que tout, ne formant qu’un. On parlait de l’énergie du corps et de l’énergie de l’esprit. Ce fut seulement quand que je les pensai ensemble que mes attaques commencèrent à changer. Le problème est celui d’une harmonie complète entre le corps et l’âme. »
 
 
           
        Quelques remarques techniques
 
A la fin de l’attaque, le corps est en semi-profil, pour ajouter de l’allonge au coup de poing. Si elle est bien réalisée, cette technique du « coup de poing qui traverse » ne laisse à l’adversaire aucune possibilité de fuite ou de riposte, à condition que le corps de l’attaquant ait été vraiment lancé dans l’axe d’une attaque très sincère et pénétrante (dans l’esprit du Budo : « un coup, une vie »).
 
C’est pourquoi, pour les passages de grade en Ligue, on ne peut pas demander à l’attaquant de s’arrêter net après l’exécution d’un Oï tsuki  pénétrant (de verrouiller la position comme on le fait en Shotokan).
 
S’il est sincèrement emporté par l’énergie de son Oï tsuki, le pratiquant peut être conduit à faire un ou deux pas supplémentaires. Ceci n’est admissible que si le pratiquant est authentiquement entraîné par l’élan du hara, avec une attitude correcte du corps, dans une position très basse. A ne pas confondre avec de simples « pas parasites ».
 
 
 

 


La pensée de Miyamoto Musashi
 
Mars 2005

SHOTO-Infos n° 14
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
La pensée de
Miyamoto Musashi et la pratique
du Shotokaï Murakami.
 
 
 
 
 
 
Les écrits du célèbre Maître de sabre Miyamoto Musashi (1584-1642) ont été beaucoup commentés par les spécialistes d’arts martiaux. Une lecture un peu attentive des textes dans la traduction de Kenji Tokitsu peut nous aider à mieux comprendre la démarche du Maître Murakami, si l’on veut bien se souvenir que ce dernier était également un pratiquant très avancé en Kendo. Il en fut de même pour le Maître Egami : « Quand j’avais vingt ans, j’allai dans les montagnes et appris le maniement du sabre auprès d’un homme âgé, qui était habillé comme un fermier. Je me souviens clairement de la manière dont il prenait le sabre de bois de ma main et brisait la branche d’un noisetier. Je me souvins également, d’avoir pratiqué l’aïkido dans mes années d’études, ainsi que le judo et le kendô à l’époque du collège. Je me souvins aussi comment un de mes aînés m’avait conseillé d’arrêter le Karaté et de me concentrer sur les autres arts martiaux, car, selon lui, le Karaté est une pratique primaire comparée aux autres arts martiaux. Les différents types d’arts martiaux que j’étudiai fusionnèrent en un seul dans mon corps. Progressivement, j’en vins à comprendre le sens du Dô, ou de la Voie[i]. »
On voit bien que, de l’art du Sabre japonais au Karaté élaboré par le Maître Murakami via Egami, le chemin n’est pas aussi éloigné qu’on pourrait le croire.
 
 
 

          Ne penser qu’à pourfendre (traverser) l’adversaire 

« Vous parez, frappez, touchez, collez, effleurez le sabre de l’adversaire qui vient vous pourfendre, tout cela est l’occasion de le pourfendre. Il faut bien retenir cela. S vous pensez à parer, si vous pensez à frapper, si vous pensez à toucher à coller à effleurer, l’acte de pourfendre risque d’être insuffisant. L’essentiel est de concevoir que tout ce que vous faites doit être une occasion de pourfendre […]. Laisser se figer une situation est mauvais. »
 
Ce passage de la défense à l’attaque Maître Egami l’a décrit à sa façon : « Dans le vrai combat, il n’y a que deux alternatives à considérer : prendre l’offensive ou être dans la défensive. Mais à partir de l’offensive, on peut passer à la défensive, et à partir de la défensive, on peut passer à l’offensive. Ainsi, on peut dire que « la défense égale l’attaque[ii] ».
« On parlait de l’énergie du corps et de l’énergie de l’esprit. Ce fut seulement quand que je les pensai ensemble que mes attaques commencèrent à changer. Le problème est celui d’une harmonie complète entre le corps et l’esprit. »
 
 
 

          Frapper sans volonté d’attaque

 « Voici ce que j’appelle la frappe d’une seule cadence. Vous êtes près de l’adversaire, à une distance où vous pouvez juste vous atteindre l’un l’autre, vous le frappez très rapidement et directement, sans bouger le corps, sans attacher nulle part votre volonté d’attaque, en saisissant le moment où il ne s’y attend pas. Vous le frappez d’un seul coup, juste à l’instant où il ne pense même pas à reculer son sabre, ni à le retirer de la garde, ni à l’attaquer ».
 
Pour expliquer ce passage, Tokitsu précise : « Lorsqu’on frappe à partir d’une position de garde, il est presque inévitable de faire un mouvement préparatoire, si petit soit-il. Par exemple, à partir d’une garde moyenne, si vous portez un coup sur la tête de l’adversaire, il vous faut d’abord lever la pointe de votre sabre pour le frapper ensuite. Dans ce cas, le geste de frappe repose sur deux cadences : celle de lever et celle de descendre. Même si vous exécutez ces gestes très rapidement, les deux cadences demeurent. […] Dans la technique décrite par Musashi, le trajet de la pointe du sabre ne doit pas marquer de coupure entre deux gestes, mais il doit décrire une courbure formant un cercle, qui ne nécessite pas deux cadences. [ …] Généralement, quand un être humain attaque volontairement, une manifestation de sa volonté d’attaque, si minime soit-elle, précède l’attaque gestuelle. Plus il est pris par l’agressivité ou la volonté d’attaquer, plus importante est cette manifestation. C’est pourquoi, au cours des entraînements, un des efforts principaux des adeptes consiste à effacer ce décalage entre sa propre volonté et la réalisation de la technique, en recherchant le geste qui surgit spontanément. »
Un peu plus loin, Tokitsu précise encore : « C’est un rapport avec le rythme intérieur de l’adversaire, qui vous permet de saisir l’instant où il n’est pas en état de réagir. Un adepte de haut niveau est toujours attentif à la volonté d’attaque de l’adversaire et la capte aisément. Même lors d’une attaque très rapide, s’il peut saisir l’instant de décalage entre la manifestation de la volonté et le mouvement d’attaque, il pourra réagir efficacement avec un geste moins rapide. […]  Pour arriver à cet état, il ne faut pas « vouloir », car plus vous voulez, plus la volonté d’attaque devient manifeste. Il faut que le corps bouge tout seul, en saisissant le moment favorable. C’est un état où, avant de s’en apercevoir, on a déjà frappé, sans rien faire intervenir entre la perception et le geste. ».
C’est justement ce que Musashi développe dans le paragraphe suivant :
 
 
 

          La frappe de la non-pensée

« Dans une situation où vous et votre adversaire êtes chacun sur le point de lancer une attaque, faites de votre corps un corps qui frappe, faites de votre esprit un esprit qui frappe. Alors votre main frappera spontanément à partir du vide, avec accélération et puissance, sans marquer le démarrage du mouvement. »
 
Ce texte peut être rapproché de celui d’Egami : « Le corps doit être relâché, souple et fort, et le pouvoir concentré sur un point. Surtout, l’esprit doit être clair, c’est-à-dire sans pensées, et tous les mouvements doivent être pratiqués de manière naturelle. Sans un esprit clair et souple, le corps ne peut pas être souple[iii] ».
Ou encore : « C’est bien de se souvenir d’un point clé concernant l’attaque : c’est seulement lorsqu’il n’y a plus de sensation de puissance ou de résistance, que le coup est efficace. Cette idée peut déplaire, mais puisque le Karaté est un art martial, la vraie technique ne nécessite pas de puissance. C’est la raison pour laquelle il peut être pratiqué par n’importe qui, à n’importe quel âge. »
 
 
 

          Il est inutile de se presser

« Voici ce que j’appelle la frappe de l’eau courante. Vous vous battez à égalité avec votre adversaire, et chacun cherche à trouver une opportunité. Dans cette situation, lorsque l’adversaire essaie, en hâte, de reculer ou de dégager son sabre, ou de repousser votre sabre, vous élargissez votre corps et votre esprit. Vous frappez amplement et puissamment, en avançant le corps en premier et le sabre ensuite, avec un mouvement bien lent en apparence, comme une eau courante qui semble stagner.».
Tokitsu décrit ainsi cette sensation que l’on peut appliquer au Karaté : « Il ne s’agit pas de frapper vraiment avec lenteur, mais de créer une cadence qui donne l’apparence de stagner. […] Cet élargissement subjectif comporte la même puissance latente que celle du courant lorsqu’il traverse un large bassin ».
 
« La rapidité ne s’inscrit pas dans la véritable voie de la stratégie. Lorsqu’on dit rapide, c’est qu’un retard a été pris par rapport à la cadence des choses, c’est ce que veut dire rapide ou lent. Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent pas rapides. […] La rapidité est l’amorce d’une chute, car elle produit un décalage dans la cadence. Bien sûr, trop de lenteur est aussi mauvais. Les gestes d’un bon adepte paraissent lents, mais il n’y a nul espace mort entre ses gestes. Quel que soit le domaine, les gestes d’un bon adepte ne paraissent jamais pressés.  […] Si vous voulez pourfendre avec un mouvement rapide, le sabre, qui n’est ni un éventail ni un couteau, ne tranchera pas en raison de la rapidité. […]Dans la stratégie de groupe aussi, il est mauvais de penser à se précipiter en cherchant la rapidité […] Si vos adversaires agissent trop rapidement, vous appliquez l’attitude opposée, vous vous tranquillisez et vous évitez de les imiter. Il faut bien vous entraîner en élaborant cet état d’esprit. »
 
 
Egami dit la même chose à sa manière en parlant du Shotokaï : « L’apparence est trompeuse. Bien que les mouvements paraissent faibles, en réalité ils ne le sont pas. Quand le corps et les mouvements étaient rigides et l’énergie dispersée, les techniques avaient l’air d’être fortes. En réalité, il n’y avait que l’exécutant qui sentait que ses attaques étaient puissantes. La seule satisfaction était de son côté ; ce n’était que de l’autosatisfaction. L’adversaire ne sentait pas la force de l’attaque, et la pratique qui consistait à arrêter les mouvements était réellement dangereuse. Elle pouvait signifier la mort pour celui qui le faisait. Une attaque qui paraît faible, douce et relâchée, dans laquelle l’énergie est concentrée, transpercera n’importe quoi[iv]. »
 
 
 

          Percer le visage

« Au cours du combat, les deux combattants se trouvent face à face, séparés par une certaine distance, chacun tenant son sabre pointé vers l’adversaire ; il est alors essentiel de penser constamment à percer le visage de l’adversaire avec la pointe de votre sabre. En appliquant ainsi votre esprit à percer le visage de l’adversaire, son visage et son corps vont être repoussés. Après avoir ainsi repoussé l’adversaire, différentes chances de le vaincre se présenteront.».
 
 
 

          Une défense peut se transformer en attaque

« Voici ce que j’appelle la parade avec le plat du sabre. Au cours du combat, lorsque les échanges d’attaques et de défenses entre adversaires deviennent stagnants et répétitifs, […] vous parez une attaque en tapant avec votre sabre, qui vous appliquez contre celui de l’adversaire, côté contre côté, et vous frappez ensuite. Ne tapez pas trop fort et ne pensez pas à parer. En réagissant convenablement à l’attaque de l’adversaire, vous tapez sur son sabre et vous le frappez immédiatement en prolongeant cette tension. ».
Le Maître Egami semble proche de cette pensée : « Qu’ils soient faits lentement ou rapidement, les mouvements doivent être fluides [liquides] et ne doivent jamais s’arrêter abruptement. Ils doivent être, d’une certaine manière, des mouvements sans début ni fin. »
 
 
 

          La conduite contre des adversaires nombreux

« Même si les adversaires viennent de quatre côtés, vous combattrez en les rabattant dans une seule direction. Dans la conduite de vos adversaires, distinguez bien l’ordre dans lequel ils donnent l’assaut, vous affronterez d’abord ceux qui viennent les premiers. Regardez globalement. […] Il est mauvais d’attendre après avoir frappé. Reprenez immédiatement votre garde sur les deux côtés et, dès que quelques uns avancent, frappez-les puissamment, et ébranlez ainsi vos adversaires. En prolongeant cet élan, vous assaillez chaque fois ceux qui avancent, dans l’intention de les faire s’effondrer. Efforcez-vous toujours de repousser les adversaires, pour les placer sur un seul rang, l’un derrière l’autre, comme des poissons attachés à un fil. Sitôt que les adversaires s’entassent les uns derrière les autres, balayez-les en pourfendant avec puissance, sans laisser échapper cet instant. Il est peu efficace de continuer à rabattre des adversaires qui forment un groupe compact. Il est aussi inefficace de faire face chaque fois que les adversaires s’approchent de vous, car vous vous placez alors dans une situation d’attente. Percevez les cadences des adversaires, rendez-vous compte du moment où ils s’effondrent et vous les vaincrez. 
Entraînez-vous de temps à autre avec des partenaires nombreux, et exercez-vous à la façon de les repousser. Si vous saisissez cette nuance, vous trouverez autant de facilité à combattre contre dix ou vingt que contre un seul.»
Cette réflexion est à mettre en application dans le Midaré contre plusieurs adversaires.
 
 
 
 
 

          Prendre l’initiative en attaquant avant l’adversaire

« Lorsque vous voulez attaquer, vous restez calme au début, puis vous prenez l’initiative d’attaque tout d’un coup. Prenez l’initiative avec un état d’esprit qui demeure tranquille dans le fond, tout en étant fort et rapide en surface. Maintenez une disposition d’esprit très forte, déplacez vos pieds un peu plus rapidement que d’habitude et, dès que vous vous approchez de l’adversaire, prenez l’initiative en agissant rapidement. Conservez tout au long du combat un esprit sans trouble, avec la seule idée d’écraser l’adversaire, ainsi vous obtiendrez la victoire d’un esprit fort jusqu’au fond.».
D’après un élève de Musashi « L’esprit sans trouble » désigne une technique mentale : « il s’agit de trancher et ôter les pensées diverses, troubles, hésitations, peur ou hâte, afin de pouvoir établir un esprit serein et immuable. »
 
 
 

          Dominer l’adversaire jusqu’au bout

« C’est une façon de mener le combat, dans laquelle vous ne permettez pas à l’adversaire de relever la tête. Dans le combat de stratégie, il est néfaste de vous laisser conduire par l’adversaire et de vous placer sur la défensive. Il faut à tout prix vous efforcer de diriger votre adversaire à votre guise. Toutefois, si vous pensez cela, l’adversaire le pense aussi. Il est donc impossible de le diriger dans un sens favorable pour vous sans être capable de prévoir ses actes. Si vous arrêtez une frappe, si vous parez le sabre qui vient vous transpercer ou si vous vous dégagez quand l’adversaire  vous tient, vous êtes alors  à la suite de l’adversaire dans la stratégie. Ce que je veux dire est différent. Si vous combattez en étant parvenu à la véritable voie, vous pouvez percevoir la  volonté de l’adversaire avant que celui-ci ne fasse un geste. […] Laissez-le faire des choses inutiles, tout en l’empêchant de faire ce qui est efficace. […] L’essentiel est de vous exercer à toutes les techniques en suivant correctement la voie ; vous parviendrez ainsi à prévoir la volonté de votre adversaire et à l’empêcher de  la réaliser en rendant tous ses actes inefficaces.».
« Lorsque vous combattez contre un adversaire, il peut arriver que vous ayez l’impression d’avoir vaincu grâce à l’avantage de la voie, mais il se peut que l’esprit de l’adversaire ne soit pas rompu et qu’il ait perdu superficiellement, alors qu’en profondeur son esprit n’a pas perdu. Dans ce cas, renouvelez subitement votre esprit et battez-le jusqu’à ce que son esprit soit rompu et se sente complètement vaincu. Il est essentiel de le constater. »
Tokitsu commente ainsi ce passage : « Essayer de percevoir la volonté de l’adversaire avant qu’il ne fasse un geste est un des points les plus importants et les plus difficiles de la pratique des arts martiaux. […] Musashi écrit pour celui qui est susceptible d’avoir acquis cette capacité. […] Elle est incompréhensible dans la pratique pour ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment la technique de l’art martial ».
 
 
 

          Connaître l’instant de l’effondrement et traverser l’adversaire

« Dans la stratégie de groupe, une fois que vous avez saisi la cadence de l’effondrement des adversaires, il est essentiel de donner l’assaut sans leur laisser un seul instant d’intervalle. Si vous les laissez souffler alors qu’ils vont s’effondrer, vous leur donnez une chance de reprendre des forces.
Dans la stratégie individuelle, il arrive que, pendant le combat, l’adversaire commence à s’effondrer à cause d’une discordance de la cadence. Mais si vous vous relâchez à ce moment, vous lui donnez l’occasion de se rétablir de nouveau, et vous perdez une chance de le vaincre. Dès que l’adversaire manque de s’effondrer, persistez à le repousser par des attaques certaines, afin qu’il ne puisse plus relever la tête. Repoussez-le avec un esprit direct et puissant, et frappez-le en envoyant loin le coup, pour qu’il ne se relève plus. Il faut bien comprendre la qualité de cette frappe qui porte loin le coup. Si vous ne prenez pas de distance par rapport à l’adversaire, cette frappe est difficile à réaliser ».
 
Au sujet de « cette frappe qui porte loin le coup », Tokitsu précise lui-même que « la sensation n’est pas de frapper puissamment, ou amplement, mais de frapper de façon que votre force porte  bien plus loin que l’endroit touché. L’adversaire a l’impression que la force de la frappe couvre son corps en allant au-delà. Dans cette situation, même s’il n’y a pas de répétition de plusieurs frappes, il a l’impression d’être pris par une frappe continuelle. L’adversaire a alors l’impression d’être dominé par une force qui lui est largement supérieure. »
 
Pour Egami, cette « distance par rapport à l’adversaire » est également liée à l’idée de le traverser : « En 1960, un étranger qui était un grand enthousiaste du Karaté s’adressa à moi et me demanda de frapper son ventre. C’était un homme grand, qui, disait-il, avait laissé les autres pratiquants frapper son estomac sans ressentir le moindre mal. Je ne voulais pas le faire tomber, c’est pourquoi je plaçai deux coussins autour de son ventre. Ce que j’avais à l’esprit c’était de voir si mon coup traverserait son estomac et sortirait par son dos. Mon premier coup léger ne lui fit rien, mais le second fut différent. « Il a traversé ! » s’écria-t-il. Plus tard, il fit savoir qu’il dut se lever et aller aux toilettes plusieurs fois dans la nuit et que, désormais, il croirait tout ce que je lui dirais. [v] »
 
 
 
 

          Les écoles qui comptent un grand nombre de techniques

« Enseigner aux gens un grand nombre de techniques du sabre, c’est faire de la Voie une marchandise, en faisant croire aux débutants qu’il y a une profondeur dans l’apprentissage, en les impressionnant par la variété des techniques. Il faut éviter cette attitude pour la stratégie, car penser qu’il y a diverses manières de pourfendre un homme relève d’un esprit égaré. Dans le monde, il n’existe pas de différentes façons de pourfendre un homme. Qu’il s’agisse d’un adepte ou d’un non-initié, d’une femme ou d’un enfant, les manières de frapper, de taper et de couper ne sont pas tellement nombreuses »
 
 
 

          Comprimer l’ombre

« Dans la stratégie individuelle, au moment où l’adversaire va vous attaquer avec une forte volonté, vous l’amenez à renoncer à son acte en utilisant une cadence efficace. Dans la cadence de son retrait, vous trouvez un moyen efficace pour vaincre, et vous prenez l’initiative d’attaquer […] avec l’esprit vide »
 
 
 

          Regarder à la fois l’esprit et l’état du lieu

« Certaines écoles enseignent des façons particulières de regarder. Cet enseignement varie d’une école à l’autre, il faut fixer soit le sabre, soit la main, soit le visage, soit les pieds de l’adversaire. Mais attacher les yeux de cette façon à un endroit particulier risque de perturber l’esprit et constitue un défaut de stratégie. […]
Dans la voie de la stratégie, en accumulant les expériences contre différents adversaires, vous apprendrez la légèreté ou le poids de l’esprit de chacun. En pratiquant la voie de cette manière, vous pouvez voir tout ce qui est loin et près, et aussi apprécier la rapidité et la lenteur du sabre. Généralement, en stratégie, vous placez le regard sur l’esprit de votre adversaire.
Dans la stratégie de groupe, le regard se fixe sur la situation et l’état des soldats de l’ennemi. […] Il faut regarder puissamment jusqu’à percevoir l’esprit de l’adversaire et l’état du lieu. […] Il est hors de question de fixer étroitement le regard. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, à cause d’une vision étroite et minutieuse, vous laisserez échapper une grande chose et votre esprit deviendra incertain, ce qui vous amènera à laisser échapper une chance de gagner avec certitude »
 


[i] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976, p. 78.
[ii] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976, p. 52.
[iii] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976, p. 10.
[iv] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976, p. 105.
[v] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976, pp. 66-67.
 
 
 



Sumo et Karaté
 
Décembre 2004

SHOTO-Infos n° 13
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
« Toute la vie d’un homme
dans un combat de moins de dix secondes »
 
 
 
Nous avons publié dans les numéros antérieurs de Shoto Infos des textes fondamentaux des Maîtres Funakoshi, Egami et Murakami, qui tracent la direction à suivre pour approfondir le Karaté.
 
Nous entamons une nouvelle série de textes liés à d’autres arts martiaux que le Karaté, mais dont la lecture permettra d’approcher l’esprit du Budo, dont la philosophie imprègne notre Karaté.
 
Nous vous livrons ici un texte écrit par un lutteur de Sumô contemporain, Kirishima Kazuhiro, dont la devise « Vaincre dans le sumô, c’est aussi se vaincre soi-même » est exactement la même que celle préconisée par nos Maîtres de Karaté.
 
Nos pratiquants trouveront de quoi nourrir leur pratique dans les réflexions de Kirishima sur le rapport entre le corps et le mental, la respiration, la relation avec le partenaire, très proches de celles du Maître Egami, dans The Way of Karaté, que nous avons publié dans le numéro 11. Le titre lui-même, « Toute la vie d’un homme dans un combat de moins de dix secondes » nous rapproche de l’expression utilisée dans le sabre comme dans le Karaté : « Un coup, une vie ».  Nous sommes là bien loin des « compétitions » du Karaté international, qui se borne à marquer des points à chaque touche…
 
 
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« Le dohyô  est un espace étrange. Ce cercle de quelques quatre mètres et demi de diamètre recèle en lui toutes les ressources pour vaincre et, en même temps, autant de pièges qui mènent à la défaite. A partir du centre, la distance à franchir est d’à peine deux mètres vingt-cinq si l’on est expulsé en ligne droite. Et pourtant, quand on tourne en rond le long de sa lisière, on peut continuer indéfiniment sans jamais en sortir. L’espace, aussi délimité matériellement soit-il, est en même temps infini.
 
Les premiers facteurs qui conditionnent l’issue du combat se nomment vitesse, poids, force – bref, tout ce qui relève du corps, du « physique » […]
 
Quand deux adversaires se trouvent à égalité pour la vitesse et le poids, c’est la « technique » qui rentre en ligne de compte. Cet aspect repose sur le mouvement de base du Sumô, qui consiste à serrer les coudes contre son corps, à se coller contre l’autre en position basse et à avancer en gardant ses deux pieds en contact avec le sol. Ce sont là des choses simples qui semblent aller de soi. Mais en réalité, il n’est pas si facile d’assimiler ces mouvements de manière parfaite, jusqu’à en faire une seconde nature. Une fois cette étape franchie, il convient de créer son style personnel de lutte, qui permet une victoire sûre dès que l’on aboutit à la posture qui vous est propre.
 
Bien sûr, c’est important d’étudier la technique de son adversaire, en examinant et réexaminant les bandes vidéo de ses combats, et de réfléchir à la tactique à adopter dès l’assaut initial. Mais tout cela ne compte que jusqu’au moment du shikiri, ce temps de concentration qui précède le combat. Dès l’instant où l’arbitre, avec son éventail, donne le signal du départ, la réflexion n’est plus assez rapide pour faire face à la situation. Il faut que le corps réagisse spontanément, avant que l’esprit n’ait eu le temps de penser.
 
La durée moyenne d’un combat et de cinq à sept secondes. Pendant ce temps, le lutteur ne respire pas. L’homme qui arrête son souffle est capable de déployer en un éclair toute la force contenue en lui.
 
Qu’en est-il alors quand le combat se prolonge et que les deux lutteurs s’immobilisent, plaqués l’un contre l’autre ? On me demande souvent ce que je regarde à ce moment-là. La vérité est que je ne regarde rien […]. Toutes mes facultés de perception sont concentrées sur le souffle de l’autre. Je guette le moment précis dans le rythme de sa respiration – ce moment décisif où il devient soudain vulnérable – pour l’ébranler par la technique appropriée.
 
Ce facteur temporel est difficile à faire ressentir par des mots. Même la pensée qui frôle l’esprit est trop lente. Il n’y a pas de place pour penser. A l’instant même où l’on sent le moment venir – ou plutôt, un éclair avant cet instant – le corps doit réagir.
 
Si le « physique » et la « technique » sont de même niveau entre les deux protagonistes, c’est le « spirituel » qui intervient. […] Dans une lutte entre deux adversaires de force sensiblement égale, ce qui fait la différence entre le ciel et la terre ne peut venir que de leur énergie morale, de leur combativité et de leur soif insatiable de se dépasser.
 
Quand l’énergie est à son paroxysme, le corps de l’adversaire paraît tout petit.
 
La durée du Shikiri, ce rituel de préparation au combat, semble étrangement courte. Si, pendant ces préparatifs, on a conscience en fixant l’autre, de vouloir le dominer, ou que l’on se sent troublé par son regard, l’état spirituel ne peut pas être qualifié de satisfaisant.
 
Quand on se trouve au summum de sa force spirituelle, on ne fait que contempler l’adversaire en enveloppant du regard l’ensemble de son corps. A celui qui parvient à l’absorber en soi globalement, dans tout son être, comme faisant partie de soi-même, la victoire est acquise d’avance à cet instant précis.
 
Une lutte qui ne dure même pas dix secondes, déployée dans un espace qui ne mesure même pas cinq mètres… Mais ce combat symbolise la vie entière du lutteur en cet espace, qui cristallise le long cheminement qu’il a parcouru pour parvenir jusque là[1] ».
 
 
Kirishima Kazuhiro, Mémoires d’un lutteur de Sumô, Arles, Picquier poche, 2001, pp. 211-213.
 
 
 

 
 


Le diplôme d'instructeur fédéral
 
Mai 2004

SHOTO-Infos n° 12
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
Passer le Diplôme d’Instructeur Fédéral (D.I.F.)
 
 
 
 
 

            « Aide-toi, le Ciel t’aidera »

 
Le célèbre Maître de sabre Miyamoto Musashi l’avait dit autrement, quelques jours avant de mourir : « Je respecte le Bouddha et les dieux, mais je ne me repose pas sur eux » (dans le Dokkôdô : La Voie à suivre seul[1]). Certains de nos pratiquants se laissent parfois aller à la nostalgie, voire sombrer dans un pessimisme des plus négatifs, en se lamentant que « ce n’est plus comme avant », que « tout fout le camp », parce que certains de nos Clubs ont perdu leurs cadres, qu’il y a moins de pratiquants qu’avant, etc.
 
Le Temps, le Souvenir et la Mémoire arrangent toujours le Passé et nous le font idéaliser. L’âge d’or n’a jamais existé ailleurs que dans nos têtes. A chaque époque ses nécessités, ses difficultés et ses solutions. Aujourd’hui, la situation n’est ni plus aisée ni plus difficile qu’à d’autres époques. Le devenir du Shotokaï Murakami est tout simplement entre nos mains : il deviendra ce que nous en ferons.
 
S’il faut compter une bonne dizaine d’années pour « monter » un pratiquant jusqu’à la ceinture noire 1° dan, celle-ci ne constitue pas un point d’aboutissement. La tradition de l’Art martial veut qu’une fois qu’un professeur nous a transmis bénévolement les bases, nous devons, en contrepartie, l’assister (tout aussi bénévolement), l’aider à encadrer les pratiquants moins avancés, le remplacer les jours où il ne peut pas assurer l’entraînement, le soutenir dans la gestion du Club. Ce n’est qu’un juste retour des choses.
 
Or, la législation a changé : il est maintenant devenu légalement impossible de donner des cours de Karaté si l’on n’est pas titulaire d’un Brevet d’Etat ou d’un DIF. En cas d’accident, la Fédération ne couvre pas les pratiques illégales de l’enseignement du Karaté, ce qui signifie qu’un « remplaçant » est pénalement responsable de tout accident qui a lieu pendant qu’il dirige un cours, même s’il est bénévole et occasionnel.
 
Il devient donc extrêmement urgent que chacun de nos quatre Clubs de Midi-Pyrénées (Pamiers, TUC, Bonnefoy-Lapujade et Montaudran) soit encadré par au moins deux personnes légalement diplômées, si ce n’est trois (les « remplaçants » ne sont pas toujours disponibles quand on a besoin d’eux).
 
Aussi avons-nous pensé qu’il était utilse de donner ici quelques informations sur les conditions de passage du Diplôme d’Instructeur Fédéral à l’Ecole des Cadres de la Ligue Midi-Pyrénées, telles qu’un certain nombre d’entre nous les ont vécues.
 
Sans doute est-il nécessaire de dire, en préalable, que ceux qui ont suivi cette formation, l’ont assez vite perçue comme un enrichissement et un approfondissement de leur Karaté, plutôt que comme une corvée. Nous allons essayer de montrer pourquoi.
 
 
 
 

            Une formation répartie sur une année, avec un moment fort en février.

 
Grosso modo, la formation prend un week-end par mois, puis elle s’accroît durant les vacances de Février, où a lieu un stage d’une semaine complète (présence du matin au soir). Ensuite vient un stage pédagogique de 20 heures à faire dans un Club, sous la responsabilité d’un professeur diplômé d’Etat. Les épreuves terminales sont en fin avril-mai.
 
Par ailleurs, la Ligue demande aux futurs professeurs de « participer à une manifestation sportive », c’est-à-dire de donner un coup de main pour l’organisation des épreuves, assister à des jurys, etc, pour connaître le fonctionnement de la Ligue et de la Fédération.
 
Quant au travail personnel, il suffit de prendre des notes durant les cours, de les relire d’une fois sur l’autre, de lire les deux ou trois ouvrages recommandés, et de faire une grande révision au moment des épreuves terminales (c’est d’autant plus facile lorsqu’on révise à plusieurs).
 
Enfin, le stage doit faire l’objet d’un petit dossier (qu’il vaut mieux faire dactylographier), décrivant en détail les séquences des cours que l’on a assurés sous contrôle du professeur. On pourra vous faire passer un modèle.
 
 
 
 

            Des épreuves techniques du niveau de Ceinture noire 1° dan

 
On y retrouve la base habituelle du passage de ceinture noire 1° dan : Kihon, Kihon Ippon Kumité, Sambon kumité, Gohon Kumité, Jyu Ippon kumité, Midaré, Kata, Bunkaï. Les textes précisent que « la composition du jury doit tenir compte des candidats affinitaires », autrement dit que le jury doit tenir compte des spécificités techniques de chaque style. Il faut donc s’assurer que le jury comprenne au moins une personne habilitée appartenant au style Shotokaï Murakami.
 
Les récentes négociations avec Francis Didier, Jean-Pierre Lavorato et la Ligue nous ont permis de fixer noir sur blanc les critères techniques d ‘évaluation spécifiques à notre style et de les faire respecter dorénavant, sans confusion avec d’autres styles portant le nom de Shotokaï
 
 
 
 

            Des disciplines complémentaires

 
Pour enseigner le Karaté, il est bon d’avoir un minimum de connaissances fondamentales en anatomie et physiologie (la charpente osseuse, les articulations et les muscles, la transformation des aliments en énergie, la diététique, les principes de récupération après l’effort). Tout cela conduit à une réflexion sur l’entraînement physique, sa planification sur l’année, la conception des séances d’entraînement et leur organisation en cycles, en prenant en compte l’endurance, la résistance, la force et la souplesse des pratiquants (notamment les enfants).
 
Par ailleurs, un enseignant doit connaître les principes administratifs de la gestion d’une association, la réglementation liée à la loi 1901, les possibilités de financement liées aux collectivités territoriales (commune, Département, Région) et à l’Etat (ministère des Sports, mouvement olympique, ministère de l’Education nationale).
 
Quelques notions de sciences humaines sont abordées, certes rapidement, mais permettent de donner un cadre de réflexion pour comprendre les phénomènes qui se produisent au sein d’un groupe : les relations entre enseignant et pratiquants, la dynamique de groupe, les attitudes à adopter pour gérer les moments de tension, comment maintenir la motivation des pratiquants. Une partie importante de la formation est consacrée au développement de l’enfant, tant sur le plan physiologique que psychologique.
 
Enfin, puisque nous sommes affiliés à une fédération, la FFKAMA, qui nous garantit un cadre national légal pour la pratique du Karaté, il faut en connaître la réglementation sportive (pour les passages de grades, pour les jugements techniques, les compétitions, l’arbitrage, etc.).
 
 
 
 

            Apprendre à organiser un cours, à penser une progression cohérente

 
La partie pédagogique est, de loin, la plus intéressante. Elle aborde la question des différents publics (enfants, adolescents, adultes, handicapés) et de leurs possibilités.
 
Pour éviter que le jeune professeur ne sombre dans la routine par manque d’idées, on y traite des principes de planification des cours, de cohérence entre les différentes séquences (les liens qu’on peut établir entre le kihon, l’ippon kumite et les katas), la conception d’un cours qui alterne des phases d’effort intensif et des phases d’activités permettant la récupération. On en vient ainsi assez vite à penser en termes de plans de séance, ce qui permet de maintenir un intérêt constant dans le cours, sans impression de répétitivité ennuyeuse. Tout ce qui est enseigné dans ce domaine est facilement applicable au Shotokaï, puisqu’il ne s’agit que de principes généraux.
 
Après tous ces cours théoriques, le stage d’une semaine, vers février, permet de mettre les principes en application et de proposer soi-même des plans de cours, d’animer des séquences de cours dans lesquelles les autres pratiquants servent de cobayes.
 
 
 
 

            L’occasion de situer notre pratique par rapport aux autres styles

 
Cette semaine de stage nous a paru, de loin, la plus intéressante pour notre culture générale en Arts martiaux : travailler avec des pratiquants de Nihon-Taï-Jitsu, de Kung-Fu, de Shotokan, de Wado-ryu et autres arts sino-japonais, est une expérience des plus enrichissantes.
 
C’est une occasion unique d’avoir une vue d’ensemble sur les différentes pratiques, sur ce qui les réunit et sur ce qui en fait l’apport spécifique. Au-delà des apparentes différences, l’œil apprend assez rapidement à discerner les constantes qui se cachent derrière la diversité stylistique : chaque art martial a ses exigences propres, a mis l’accent sur un aspect particulier, qui lui confère certains avantages une fois sur le tatami.
 
Pour un pratiquant de Shotokaï Murakami, pratiquer l’ippon kumité face à un Shotokan, puis quelques minutes après, face à un Wado-ryu, puis un Kung-Fu, ensuite servir de cobaye à un cours de Nihon-Taï-Jitsu, tout cela permet de développer nos réflexes, nos qualités d’adaptation. Chaque style a une manière différente d’attaquer, d’esquiver, de se déplacer, de prendre ses distances, d’anticiper, de bloquer, de donner ses coups de pied, ce qui développe considérablement les capacités de  vigilance : il faut s’attendre à tout, à tout moment.
 
Ainsi, au bout d’une semaine de stage, on finit par « avoir l’œil », par apprendre à diagnostiquer très rapidement les capacités du partenaire, à faire marcher ses « antennes » pour anticiper ses mouvements et ses réactions.
 
 
 
 

            Risque-t-on d’y perdre son identité de pratiquant du Shotokaï Murakami ?

 
Certains pourraient croire, à tort, que la confrontation avec les autres styles risque de « contaminer » notre Shotokaï. C’est faux. Il est évident qu’il ne faut se lancer dans une telle expérience que lorsqu’on est soi-même suffisamment solide dans la pratique du Shotokaï Murakami et qu’on en a bien compris les fondements et les spécificités. Sinon, on dérive assez vite vers un mélange de styles, on verse dans une pseudo recherche d’efficacité qui, en récupérant quelques « ficelles » à droite et à gauche, finit par ne ressembler à plus rien de cohérent.
 
A titre d’exemple, on ne peut pas à la fois avancer par anticipation sur les attaques, comme en Shotokaï, et reculer comme en Shotokan. On ne peut pas à la fois avoir des oï tsukis qui traversent le partenaire et qui restent bloqués en surface. Il faut faire un choix personnel et « savoir où l’on habite ».  Par contre, il est bon d’exercer un regard analytique sur toutes les autres pratiques et comprendre, sans a priori, les raisons qui ont conduit chacun des Maîtres qui ont fondé ces écoles à conduire leurs pratiquants dans une direction bien précise.
 
A ce stade, on ne peut plus dire que seul notre Shotokaï est bon et que « les autres styles sont nuls ». Chacun d’eux développe une dimension spécifique, une efficacité propre, une fois parvenu à un bon niveau.
En fait, l’Ecole des cadres est l’occasion de constater par soi-même que « tous les chemins mènent au sommet de la même montagne et permettent de contempler la même lune », comme le dit le proverbe. Si l’on a un minimum de bon sens, on réalise assez vite que, pour aller vers le sommet, la pire des erreurs consiste à changer sans arrêt de chemin. Autrement dit, si l’on maîtrise bien les bases du Shotokaï Murakami, il faut profiter de la confrontation avec les autres styles pour approfondir ce qui fait notre propre efficacité.
 
 
 
 

            Les avantages de notre style

 
L’Ecole des Cadres n’est donc pas une occasion de « faire son petit cocktail perso à partir de tous les arts martiaux ». Mieux vaut chercher à comprendre pourquoi Shigeru Egami et Tetsuji Murakami ont creusé leur propre voie distincte, tout en utilisant les mêmes mouvements et katas fondamentaux que les autres. Là est le véritable approfondissement.
 
Il faut s’être trouvé face à un Wado-ryu ou un Shotokan bien costauds, qui se campent d’abord sur leurs deux jambes pour vous envoyer ensuite de véritables boulets de canon, pour apprécier l’utilité de nos positions basses (qui placent notre hara en dessous du leur et nous permet de nous sentir plus forts), et les bienfaits de l’entraînement à l’anticipation (irimi) et à la fluidité, qui permet de saisir l’attaque près de son point de départ et enchaîner les mouvements sans trous de concentration.
 
De même, il faut avoir fait les frais de deux ou trois « blocages en béton » pour comprendre pourquoi nous faisons partir le poing du gedan baraï d’abord, cette anticipation nous permettant de saisir l’Oï tsuki suffisamment tôt pour laisser glisser l’attaque hors de l’axe.
 
En travaillant avec des pratiquants d’autres styles apparemment plus « teigneux » que nous, on comprend également pourquoi nos professeurs ont tant insisté sur la concentration qui suit une attaque pénétrante et sur l’idée que « le combat n’est pas terminé après une attaque ». Il nous faut apprendre à tirer parti de l’avantage d’être entrés plus tôt et plus en profondeur, qui doit nous permettre pour penser à l’avance la contre-attaque, autrement dit de garder l’avantage mental plutôt que de rester sur place à attendre bêtement la suite.
 
 
 
 

            Notre style est respecté

 
Ainsi, les collègues qui auraient été tentés de dire, au départ de la formation, que notre style n’est pas efficace, changent assez vite  d’avis durant la semaine de stage, après quelques séances d’ippon kumité, car ils sont déstabilisés par notre prise de distance, nos déplacements et nos anticipations.
 
Quant aux responsables toulousains de l’Ecole des Cadres, ils ont pour principe de respecter les spécificités et de valoriser les différences apportées par les « traditionnels » et les « affinitaires ». Ils le font généralement très bien, même lorsque, par moments, on peut surprendre un regard amusé, nous considérant sans doute comme des traditionalistes un peu attardés (« vous ne faites pas de compétition »), un peu trop radicaux (« très bas, très durs ») et trouvent nos entraînements certes cohérents mais bien peu ludiques, si ce n’est beaucoup trop austères (ce qui explique à leurs yeux pourquoi nous avons si peu de pratiquants).
 
Dans tous les cas, nous n’avons rencontré jusqu’ici que des manifestations de respect et d’estime pour notre travail et notre rigueur. Ils ont notamment apprécié notre volonté de «  jouer le jeu jusqu’au bout », de nous mêler aux autres, de nous prêter de bon gré à tous les types d’entraînements et de leur donner un coup de main chaque fois que c’était nécessaire. Le Shotokaï Murakami n’est plus, à leurs yeux, un Karaté hautain, enfermé dans sa tour d’ivoire.
 
 
 
 

            Pratiquer un art martial traditionnel au sein d’une fédération sportive

 
Le Shotokaï Murakami n’est pas un Sport (avec l’idée de compétition et de volonté de gagner qui est inhérente au Sport), mais bien un Art martial, un Budo. Cette différence fondamentale peut parfois être gênante lorsqu’on entend parler à longueur de cours des résultats des Equipes de France de karaté au Championnat du Monde et autres formes d’auto-célébration du Karaté  français…  Face à une fédération de Judo qui a 550.000 adhérents, la FFKAMA veut rattraper le retard avec ses 220.000 pratiquants et vise à conquérir le jeune public en lui donnant des modèles.
 
Il faut savoir prendre son mal en patience : pendant qu’on entend ce genre de choses, on réalise soudain la richesse, le trésor culturel et humain qui nous sont transmis à travers la pratique du Shotokaï et que le « Sport » a déjà perdues de vue à cause de sa recherche d’ « efficacité » en compétition.
 
Dans le karaté-sport-de-combat, l’arbitre compte les « touches », c’est-à-dire des coups non-portés, alors que le véritable karaté vise les points vitaux, pour éliminer le plus tôt possible (et définitivement) l’adversaire même si l’on est physiquement plus faible que lui.
 
Alors que le karaté-sport a besoin de développer la force et la performance physiques, le karaté traditionnel cherche à unifier le corps, l’esprit et le mental, dans l’énergie du ki, sans dualisme. Là où le compétiteur travaille dans le but de « gagner » absolument (il cherche à dominer son adversaire), le pratiquant de Karaté-budo cherche à dépasser son ego, recherche un état d’oubli de soi, de Vide, où, selon le Maître Egami lui-même, « il n’y a plus ni attaque ni défenseur, mais une harmonie entre les deux partenaires ». La volonté de gagner à tout prix doit donc être dépassée. Alors que le compétiteur recherche le combat, le budoka doit chercher, par un travail de maîtrise de sa concentration, à accéder au stade où le combat pourra être transcendé parce que gagné d’avance mentalement.
 
Donc, à l’Ecole des cadres, pendant qu’on nous vante l’importance de la musculation et de la performance physique, il suffit de penser à tous ces contes sur les Arts martiaux, dans lesquels c’est toujours le petit vieux maigre et sage (celui qui a atteint le stade d’abandon de l’ego) qui finit par triompher du jeune expert arrogant, musclé et puissant… Sans quoi, si l’on adoptait jusqu’au bout les valeurs du Sport (dont on connaît hélas les dérives !), on finirait par croire que, puisque seuls sont efficaces les pratiquants jeunes et puissants, et qu’il est inutile d’espérer progresser après l’âge de trente ans. Or, dans la pratique du Kendo traditionnel et des différentes formes de Budo, la véritable progression se fait après cinquante ans, lorsqu’on est capable de tirer profit des trente premières années de pratique, et mobiliser la circulation de l’énergie plutôt que la seule force brutale et explosive. Mais ceci est une autre histoire.
 
 
 
 

            Après le DIF : les jurys de passage de grade

 
Pour conclure, il faut également rappeler que la formation du DIF nous donne une bonne compréhension du fonctionnement de la FFKAMA et de la Ligue, permet d’en saisir les rouages, de repérer les personnes-clé. Etant donnée la situation actuelle du Shotokaï Murakami dans Midi-Pyrénées (et en France), il faut que nos pratiquants les plus avancés s’attaquent maintenant la question des jurys de passages de grade à la Fédération.
 
En effet, depuis quatre ou cinq ans, les passages de ceinture noire ont été empoisonnés par l’omniprésence d’Adolphe Schneider (de l’AKSER), qui voulait tout régenter à la Ligue, tout dominer, tout réglementer en fonction de son propre style (qui est, en fait, du Shotokan), sans respecter les principes les plus élémentaires de la déontologie et du pluralisme.
 
Depuis  que nous avons rencontré le Président de la FFKAMA, Francis Didier, et le Directeur Technique national Jean-Pierre Lavorato, nous avons obtenu la reconnaissance de notre différence stylistique avec Schneider, et l’autorisation de faire jury à part : il n’a plus désormais à intervenir dans nos passages de grade.
 
C’est une belle victoire, mais nous serons jugés maintenant à notre capacité à constituer des jurys Shotokaï Murakami crédibles. Pour le moment, nous allons essayer de faire tandem avec quelques membres de jury Shotokan de bonne volonté, mais il faudra trouver rapidement parmi nos pratiquants les plus avancés, un « stock » de cinq ou six deuxièmes Dan, habilités à siéger aux jurys de premier dan (pour cela, il faut passer un petit examen assez facile, à la rentrée). Idem pour le jury de deuxième dan, où il nous faut des troisièmes Dan. Notre crédibilité est à ce prix.
 
 
 

            Comment s’inscrire pour passer le DIF ?

 
Il faut s’inscrire individuellement auprès de la Ligue Midi-Pyrénées de Karaté, en septembre 2004. Il faut prévoir le prix de l’inscription (il paraît normal que ce soit le Club qui participe au moins à une partie de ces frais). Fabrice Carbonneau (Pamiers) et Jésus Aguila (TUC), qui ont obtenu le diplôme en 2003, se feront un plaisir de vous transmettre leur expérience et vous mettre en condition pour réussir l’examen final.


[1] Lire Kenji Tokitsu : Miyamoto Musachi, Maître de sabre japonais du XVII° siècle, l’homme et l’œuvre, mythe et réalité, éditions DesIris, 1998.
 
 



Le Maître Egami 2° partie
 
Novembre 2003

SHOTO-Infos n° 11 (suite)
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
Suite des textes extraits de
The Way of Karate, Beyond Technique de Shigeru Egami
 
 
 

 

 

 

            Le combat n'arrive qu'après la connaissance des Katas

 
« Bien que je ne sois pas sûr de la date, c’était au début des années 1930 que le combat conventionnel fut créé, développé et vint à être pratiqué dans les dojos. Le combat libre (jiyu kumite) se développa quelques années après (je me souviens, cependant, que lorsque je visitai Okinawa en 1940, je ne vis aucun combat ; en fait, j’entendis dire que quelques karatékas avaient été exclus de leur dojo parce qu’ils avaient adopté le combat, après l’avoir appris à Tokyo). »
 
« Dans les premiers temps du Karaté moderne, la pratique était concentrée sur les katas et l’entraînement avec le makiwara, l’accent était mis sur l’entraînement de l’esprit à travers l’entraînement du corps. Il semblait que le combat commencé par la sélection et la pratique de certaines techniques venant de katas. Avant que Gichin Funakoshi ne le révèle, et qu’il ne soit adopté comme une forme de pratique, il apparaît que les maîtres dans les dojos enseignaient le combat après qu’un pratiquant soit devenu efficace dans les katas. Ils ne le faisaient que sur la base de cours individuels et dans un grand secret.
Ainsi, le combat était originellement une forme de pratique, pas du tout pour décider d’une victoire ou d’une défaite. Ce n’était pratiqué que pour confirmer si une attaque ou une défense étaient efficaces ou pas. Bien que le Karaté soit une technique de combat, la confrontation avec l’adversaire n’était ni un combat réel, ni une compétition. »
 
 
 

            Simuler le combat à mort est impossible

« Dans les temps anciens, ce que nous appellerions maintenant une compétition [un défi], était une bataille à la mort. Pour l’homme qui recherchait la vraie voie du guerrier (budo), une « compétition» signifiait que les deux combattants lutteraient jusqu’à ce que l’un ou l’autre tombe mort. Ce n’est que lorsque le style de compétition à l’occidentale fut introduit au Japon, que les combats prirent leur forme actuelle.
Le Maître Funakoshi avait l’habitude de dire qu’il « n’y a pas de combats en Karaté ». Le sens du mot lui-même a beaucoup changé, mais même ainsi, avec les règles actuelles, il est difficile de dire qui est le vainqueur. Peut-être que les règles et la manière selon laquelle les compétitions sont conduites changeront dans le futur, et je pense qu’elles le seront, mais mon opinion est que les compétitions ne peuvent pas avoir lieu. »
 
 
 

            Commencer par travailler l'ippon kumité à bonne distance

«Vous devez faire face à votre adversaire, avec une certaine distance devant vous, si bien que ni l’attaquant ni le défenseur n’entrent en contact. Laissez votre adversaire pratiquer l’attaque pendant que vous pratiquez la défense. Répétez jusqu’à ce que vous puissiez vous mouvoir simultanément. Bien sûr, vous devez changer et pratiquer l’attaque pendant que l’adversaire pratique la défense.
Strictement parlant, il ne s’agit pas d’une pratique à l’économie, c’est pourquoi vous rapprocherez la distance jusqu’à ce que le contact devienne possible. »
 
 
 

            Ippon kumité n'est pas une compétition

« Souvenez-vous qu’il ne s’agit pas d’une compétition. C’est de la pratique.  Vous ne pouvez pas espérer de gros progrès si vous êtes concernés par la victoire. Un excès de confiance peut naître de la victoire, et le désespoir et l’urgence d’agir brutalement, de la défaite. Vous ne devez pas penser à gagner ou à perdre, mais si votre adversaire réussit à vous frapper, étudiez pourquoi le coup était efficace. C’est pour cela que la pratique est faite. Et puisque c’est important de travailler les hanches et les jambes, pratiquez encore et encore
 
 

            Rechercher l'unité avec le partenaire

« En conclusion, je voudrais dire que le kumite et le prolongement du Karaté en tant qu’art de combat jusqu’à sa fin véritable – et même, en allant plus loin, jusqu’à la transcendance du combat. Alors vous ne formerez plus qu’un avec votre adversaire. »
 
« Le karaté est un art de self-défense mais, s’il veut en tirer bénéfice, le pratiquant doit être complètement libéré de tout sentiment d’ego. »
 
« Celui qui veut suivre la voie du vrai Karaté doit rechercher non seulement à coexister avec son adversaire, mais à atteindre l’unité avec lui. Il n’est pas question d’homicide, ni même de chercher à vaincre. Quand on pratique le Karaté-Do, ce qui est important c’est d’être un avec votre partenaire, de bouger avec lui et de faire des progrès ensemble. »
 
« La pertinence de ce type d’entraînement et de pratique du Karaté est qu’ils sont en réalité de voies pour poursuivre et explorer l’essence de l’être humain. Ainsi, par exemple, même si vous avez un partenaire qui est vicieux et déterminé à vous blesser, c’est une chance pour vous. Pour vous connaître, pour connaître votre adversaire, pour comprendre la relation entre vous deux : ce sont là les vrais objectifs de l’entraînement. La compassion et la considération pour les autres sont des mots communs, souvent utilisés, mais les mettre en pratique est extrêmement difficile. Avant de faire quoi que ce soit, il est de la plus grande importance non seulement de prendre en considération la position de l’autre, mais de la comprendre pleinement. »
 
 
 

            Trouver l'harmonie au-delà de l'épuisement physique

« A travers la courtoisie, vous allez adopter une attitude humble envers votre adversaire pendant l’entraînement, et vous serez reconnaissant envers lui. Sans cette attitude, il ne peut y avoir d’entraînement dans le vrai sens du terme. Mais si votre objectif est de battre votre adversaire de manière irréfléchie, vous ne pouvez pas atteindre cet état. La mauvaise humeur, la haine et la peur doivent être absents du véritable entraînement et de la pratique réelle. C’est important de savoir qu’on ne doit avoir ni intention homicide, inimitié, ni opposition, ni résistance envers l’adversaire. Quand vous parvenez à cet état, vous ne formerez qu’un avec votre adversaire et vous serez capable de vous déplacer naturellement, en phase avec ses mouvements. Ceci est l’objectif de l’entraînement et de la pratique du Karaté. Mais c’est un état qui ne peut être atteint que par une pratique épuisante"
 
 
 

            Il n'y a ni victoire ni défaite

« Il était une époque où la chose la plus importante était d’imaginer dans notre esprit  chaque situation de combat concevable et d’entraîner son corps pour emporter la victoire. La deuxième chose importante était de tester, à travers la pratique, si chaque mouvement serait efficace en combat réel. Ce n’est désormais plus le cas. Maintenant, l’objectif de la pratique est de transcender la vraie victoire et la défaite et d’arriver à un état où vous et votre adversaire ne faites plus qu’un. »
 
« En fait, en entrant dans une parfaite compréhension de la position de l’autre, vous allez atteindre l’unité avec lui, et les mots tels que victoire ou défaite n’auront plus de sens.
Ceci est le vrai secret du Karaté : coexister avec votre opposant. Et quand cela est atteint, la compréhension du fait que les êtres humains sont faits pour coopérer entre eux deviendra votre propre compréhension. La pratique ne sera jamais complète tant que vous n’avez pas atteint cet état d’esprit ».
 
« Si le Karaté, en tant que tout, est pensé comme le perfectionnement de techniques en vue d’un combat réel, le karatéka devra être capable d’exercer son corps à être souple et fort. Ceci va le conduire au développement d’un esprit fort et souple. Ainsi, le corps et l’esprit ne feront qu’un et le karatéka sera capable de se battre le mieux possible. Mais arrivé à ce point, le karatéka sera capable de transcender le combat, et ne faire qu’un avec son adversaire. On entre ainsi dans un royaume dans lequel lui et son adversaire n’existent pas en tant qu’entités séparées : c’est un monde au-delà de l’ego. »
 
 
 

            Ni attaque, ni défense

« Dans le vrai combat, il n’y a que deux alternatives à considérer : prendre l’offensive ou être dans la défensive. Mais à partir de l’offensive, on peut passer à la défensive, et à partir de la défensive, on peut passer à l’offensive. Ainsi, on peut dire que « la défense égale l’attaque ».
 
« L’attaque est la vie du Karaté, en tout cas, c’est ce qui a été dit. Est-ce vrai ? Evidemment, si le Karaté est considéré comme un art de combat, l’attaque est indispensable. Mais derrière cela, il est évident que si le karatéka n’a pas la capacité à frapper avec pertinence, son adversaire n’a pas besoin de techniques de défense.  C’est dans ce sens  que l’attaque est la vie du Karaté. Le débutant doit y penser et donner son maximum dans la pratique. »
 
« « Il n’y a pas d’attaque en Karaté » sont les mots que j’ai entendus prononcer à Maître Funakoshi il y a plus de quarante ans, mais j’ai eu beaucoup de difficultés à comprendre leur signification, parce que je pensais moi-même que le Karaté était fait pour être utilisé en combat réel.
Il disait également que « vous ne devez jamais porter en premier une attaque contre votre adversaire. Seulement lorsque ça devient absolument nécessaire. Et même alors, votre intention ne doit pas être de tuer ou blesser votre adversaire, mais seulement de bloquer son attaque. S’il continue, dans ce cas vous devez adopter une attitude qui va lui montrer clairement qu’il vaudrait mieux pour lui qu’il arrête ».  »
 
« J’aimerais poser une question cruciale : si, au lieu de vous opposer aux mouvements de votre adversaire, vous bougiez avec lui de manière naturelle, que se passerait-il ? Vous sentirez que vous et lui êtes devenus un, et que lorsqu’il bouge pour frapper, votre corps va se déplacer naturellement pour prévenir le coup. Et lorsque vous devenez capable de cela, vous découvrez un monde complètement différent - un monde dont vous ignoriez l’existence. Quand vous ne faites qu’un avec l’adversaire et lorsque vous vous mouvez naturellement avec lui, sans opposition, alors il n’existe plus de première attaque. La signification de l’expression « il n’y a pas de première attaque en Karaté » ne peut pas être comprise tant qu’on n’a pas atteint ce stade. »
 
« Il a été dit que l’attaque est la meilleure des défenses. C’est l’objectif ultime, mais il doit être compris d’une manière particulière. On ne peut jamais attendre tout simplement l’attaque de l’adversaire. On doit atteindre le stade où, l’attaque et la défense ne font plus qu’un. Les techniques de défense ne sont pas faites que pour bloquer ; à partir d’elles, on peut instantanément passer à l’attaque.
Avant que nous ne commencions à douter de la manière d’attaquer, nous avions peur de l’attaque, parce que nous pensions que nous pouvions être tués. Et, bien que le coup de poing manquât de réelle puissance, il était douloureux, car notre adversaire avait considérablement renforcé ses bras par un très dur entraînement au makiwara.
C’était un cas de force opposée à la force. Cherchant une manière de diminuer la souffrance, nous avions envisagé une pratique du gedan baraï pour renforcer nos bras et nos mais. Le gedan baraï était le seul que nous étions autorisés à pratiquer, et il fallait continuer jusqu’à ce que nos bras soient noirs et bleus. C’était un supplice à la fois pour nous que pour ceux qui attaquaient […].
Jusqu’alors nos instructeurs ne nous laissaient pas reposer, et les jeunes pratiquants tombaient souvent en pleurs. A cette époque,  ce type d’entraînement était considéré comme le meilleur moyen d’endurcir un homme ; nous l’appelions « le baptême ». Nous nous soumettions inflexiblement, pensant que nos instructeurs essayaient de faire de nous de bons karatékas, à la fois physiquement et moralement.
Après que nos mains et nos bras retournent à un état plus normal, nous étions différents. Même si nous étions frappés durement, nous ne sentions pas beaucoup la douleur. Il devenait  également évident que nos hanches étaient renforcées. Et notre esprit était plus fort. Nous finissions par penser que nos aînés avaient été bons de nous entraîner avec une telle sévérité.
Ce genre de pratique dure continua encore après la Seconde Guerre mondiale, mais il me sembla que le gedan baraï qui provenait des hanches était peu pratiqué. Et à cause du manque d’entraînement des hanches, la manière de frapper était faible. Nous fumes étonnés lorsque un homme dont l’attaque avait été bloquée avec un gedan baraï fut envoyé voler plusieurs pas en arrière. C’était pourtant la fonction originale d’une défense.
Il y a plusieurs façons de penser les techniques de défense. Il va de soi qu’on peut imaginer différentes situations qui pourraient arriver en combat réel. Malgré tout, on peut neutraliser une attaque passivement, ou bien prendre une attitude beaucoup plus positive et bloquer tout en étant dans une position d’attaque. J’en fis une règle de bloquer en attaquant aussitôt que mon adversaire commençait à attaquer, en le frappant à l’estomac immédiatement après la défense. Je savais, grâce au combat réel, que cela rendrait la défense beaucoup plus efficace. »
 
 
 

         L'anticipation

« Pour la défense, il est d’abord nécessaire de découvrir l’intention de l’attaquant. Pour cela, étudiez les mouvements de ses hanches, jambes et mains. Vous pouvez atteindre un très haut niveau en saisissant le flux de conscience de votre adversaire.
C’est important d’étudier le rythme, le timing, la distance et la respiration, mais rien de spécial ne doit être fait pour l’acquérir. La compréhension viendra par la pratique. De même, je recommande de mettre en application les expressions telles que « connaître le rythme », « saisir la distance », « sentir le timing » et ainsi de suite, mais leur réelle signification ne sera révélée qu’en tant que résultat de l’entraînement et de la pratique. Comme je l’ai déjà dit, c’est fondamental de bouger avec son adversaire. »
 
 
 

            Lancer la défense avant d'avoir vu l'attaque...

« Aujourd’hui, nous pratiquons un seul type de combat, le combat conventionnel à un seul coup (yakusoku ippon kumite), parce qu’avec la manière différente d’attaquer, il n’est plus possible de pratiquer d’autre combat conventionnel. Le combat libre est également inutile aujourd’hui. La signification réelle du combat est dans les contenus de la pratique, et peut être comprise naturellement.
La forme actuelle et la forme ancienne de combat sont la même, parce qu’un coup peut être bloqué de différentes manières, mais aujourd’hui un homme peut blesser son adversaire même si le coup n’arrive pas avec précision. C’est une différence fondamentale, qui demande des techniques de défense efficaces. Avant, on nous demandait une attaque qui traverse notre adversaire, mais en réalité, nous arrêtions nos coups juste avant le contact avec son corps, et la défense n’avait pratiquement pas de puissance, parce qu’il n’y a pas besoin de pratiquer des techniques défensives si la manière d’attaquer est inefficace. [...]
En pratique, quand votre adversaire lance une attaque, vous devez être en mouvement quand il attaque. Dès que vous avez vu votre adversaire bouger, c’est trop tard, et un faux mouvement de votre part est hors de question, parce que l’attaque de votre adversaire est pratiquement mortelle. Pour bouger simultanément avec l’attaque, vous devez sentir l’intention de l’adversaire. »
 
 

            A l'entraînement : anticiper le commandement vocal

« Une méthode pour s’entraîner à sentir l’intention de votre adversaire, à la fois dans les fondamentaux et les katas, est de pratiquer sous commandement, en apprenant à bouger avec le commandement. Quand l’ordre est terminé, vous devez avoir fini votre défense. Quand le commandement est donné, vous devez déjà être en mouvement. C’est même mieux si vous faites la défense simultanément avec le commandement (simultanément signifie à l’instant exact, sans la moindre écart dans le temps).
Pour y parvenir, vous devez toujours rester calme, et votre esprit doit être complètement clair et aussi placide que celui d’un bébé. Mais il n’est pas question d’utiliser votre conscience. Vous devez bouger naturellement, sans penser à concentrer l’âme et le coeur dans la technique. Le moment viendra où vous les concentrerez naturellement, sans pensée. Quand vous atteindrez ce stade, vous parviendrez à vous mouvoir simultanément avec le commandement. »
 
 
 

            Prendre conscience de la respiration de l'adversaire

« Si vous pensez trop à deviner le début de l’attaque de votre adversaire, vous ne serez pas conscient de ses mouvements. Ce n’est que lorsque votre esprit est aussi placide qu’un lac tranquille, et que vous êtes physiquement en alerte, que vous commencerez à devenir conscient des mouvements de votre adversaire et même de sa respiration, de façon naturelle (il faut dire que c’est là une possibilité non seulement des humains, mais des autres animaux). A ce stade, vous deviendrez aussi naturellement conscient des changements dans les sentiments de votre adversaire. C’est ce que veut dire être capable de saisir ou de ressentir les intentions de votre adversaire
 
           

            S'entraîner à deviner l'attaque derrière soi

« Au stade suivant, laissez votre adversaire vous attaquer par l’arrière. [..] Choisissez un moment où il y a peu de monde autour et un adversaire qui fasse partie de vos bons amis. Même si ce type de pratique demande plus de sang froid que si l’adversaire était en face, elle contribuera à la concentration de l’esprit
 
« Si vous êtes derrière votre adversaire et essayez d’attaquer, il va naturellement tenter de bloquer, mais vous allez en venir à connaître clairement ses réactions. Ne pensez pas aux mouvements que vous allez faire. Ceci est la chose la plus importante. Soyez naturel et bougez naturellement. Ne tentez pas d’aller contre nature. Votre propre corps doit devenir conscient des mouvements de votre adversaire, même si vous ne pouvez pas le voir. »
 
 
 

            Garder l'esprit clair dans le combat contre plusieurs adversaires

« Après avoir travaillé avec un adversaire au point de sentir son mouvement avec votre propre corps, pratiquez avec trois ou cinq adversaires. Avec vous au centre, laissez leur vous lancer des attaques sans arrangement préalable. La concentration du corps et de l’esprit est de la plus grande importance, et votre esprit doit être absolument clair. »
 
« « Gardez votre esprit placide mais soyez rapide ». Je crois que ces mots sont appropriés pour le karatéka. Votre esprit doit être pacifié, mais vous devez être en alerte par rapport à tout ce qui se passe et à tous les mouvements autour de vous. Sinon, vous ne serez pas capable de faire face si, par exemple, vous êtes entouré par plusieurs adversaires. Un esprit tranquille et flexible, un corps élastique et des mouvements rapides : ce sont les pré-requis d’un karatéka. Pour les développer, vous devez pratiquer les fondamentaux et les katas. En les maîtrisant, vous serez capable d’atteindre le rythme, le timing, la distance, la respiration et le flux d’énergie vitale. »
 
 
 

            Etre prêt à mourir

 
« Il n’y a ni gagnant ni perdant, et ne considérez même pas la vie ou la mort. C’est un état de vide. Cela peut sembler difficile, mais ça ne l’est pas ; seulement la pensée rend sa compréhension impossible.
Parmi les anciens, il a été dit que lorsqu’on est face à un adversaire, on doit être dans un état d’esprit dans lequel on est prêt ou capable de mourir. C’est un état d’esprit dans lequel la vie et la mort n’ont pas de sens. Dans cet état d’esprit, il n’y aura aucun antagonisme avec l’adversaire, pas de gagnant ni perdant, ni aucun sentiment de peur ou de haine. Vous faites face à votre adversaire avec un esprit clair. La pensée n’a pas d’utilité ; vous agissez simplement. A travers la pratique, on peut comprendre cela naturellement. »
 
« Au XVII° siècle, le prêtre-poète-calligraphe Zen Rinzai Bunan écrivit un poème qui dit : « Dans un état où l’on est mort tout en vivant encore, nos actions sont les meilleures ». Comprendre cela pleinement et le traduire en pratique, c’est ce que je vous souhaite de faire. »
 
 
 

            Rechercher le contact spirituel avec les autres

« Le problème de l’esprit est très profond. L’élévation de l’esprit à un niveau élevé, l’élargissement et la purification de soi, sont l’ultime chose à atteindre par la pratique.  Vous devez entraîner votre esprit et votre corps, sinon la pratique n’a pas de sens. Luttez pour débarrasser votre esprit des débris de la vie de tous les jours. C’est comme laver des pommes de terre dans une bassine d’eau : vous pouvez nettoyer la saleté de votre esprit en entrant en contact spirituel avec les autres.
L’esprit et le corps sont comme deux roues d’une charrette. L’une ne doit pas être plus grande que l’autre. C’est ça la pratique correcte. Acquérir ce qui a de la valeur dans la vie est la vraie pratique.
En entrant en contact physique avec les autres, vous entrez en contact spirituel. Dans la vie quotidienne, vous en viendrez à connaître vos relations avec les autres, comment chacun influence les autres et comment les idées sont échangées. Vous en viendrez à respecter les autres en à penser chaleureusement à eux. Un budoka doit être bien entouré et toujours avoir à l’esprit le bonheur et le bien-être des autres. »
 
 

[i] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976.
 
 
 

 
 


Le Maître Egami 1° partie
 
Novembre 2003

SHOTO-Infos n° 11
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
Quelques extraits de
The Way of Karate, Beyond Technique de Shigeru Egami[1]
 
 
 
 
 
 

       Souplesse du corps, souplesse de l'esprit    

 
« Le corps humain est naturellement souple et flexible. Ce n’est qu’à la mort que l’on devient rigide. »
 
« La différence entre le Karaté d’aujourd’hui et celui d’avant s’étend même aux exercices d’échauffement, car si la manière de penser change, tout va changer. L’accent est mis désormais sur la souplesse à la fois du corps et de l’esprit. »
 
« En commençant par l’entraînement de son propre corps, la pratique continue avec l’entraînement de l’esprit. A la fin,  on réalise que le corps et l’esprit ne sont pas deux, mais une seule chose. Là est la vraie pratique. »
 
 
 
 
        Corps raide : énergie dispersée. Corps souple, énergie concentrée
 
« Pour ceux d’entre nous qui commencèrent à pratiquer le Karaté il y a longtemps, le fait de chercher à rendre nos corps rigides a eu pour effet de nous muscler, mais notre puissance était dispersée dans diverses parties de notre corps. L’idée actuelle est que le corps doit être relâché, souple et fort, et le pouvoir concentré sur un point. Surtout, l’esprit doit être clair, c’est-à-dire sans pensées, et tous les mouvements doivent être pratiqués de manière naturelle. Sans un esprit clair et souple, le corps ne peut pas être souple. »
 

      

       
 
         On peut pratiquer à n'importe quel âge
 
 
« Il est nécessaire d’étudier la forme et le mouvement. Pour cela, c’est bien de se souvenir d’un point clé concernant l’attaque : c’est seulement lorsqu’il n’y a plus de sensation de puissance ou de résistance, que le coup est efficace. Cette idée peut déplaire, mais puisque le Karaté est un art martial, la vraie technique ne nécessite pas de puissance. C’est la raison pour laquelle il peut être pratiqué par n’importe qui, à n’importe quel âge.  Si l’on n’est pas complaisant envers soi-même, on peut pratiquer même si l’on est très vieux ou lorsque la condition physique s’est détériorée. »
 
 

           

            Ne pas aller contre la nature

« On a souvent demandé au Maître Funakoshi des exemplaires de sa fine calligraphie, et l’une des formules qu’il avait pour habitude s’inscrire était : « N’allez pas contre la nature ». Ces mots, qui ont une signification profonde, il en fit une maxime qu’il tenta d’appliquer strictement tout au long de sa vie. […]
Dans nos mouvements physiques, il y a ceux qui sont naturels et ceux qui ne le sont pas. A travers la pratique, nous pouvons apprendre à les différencier et aussi à acquérir des mouvements naturels »
 
 

      

                    Les échauffements

 
« Parmi les exercices qui sont devenus populaires aujourd’hui, il y a ceux qui ne font qu’augmenter la musculature, ou qui entraînent l’étirement ou la flexion d’une manière antinaturelle. Ils doivent être évités. L’objectif consiste à  maintenir et améliorer sa santé, rajeunir son corps et son esprit, éliminer le stress, et permettre à la personne qui pratique de concentrer son corps et son âme dans les activités journalières. Tant que les exercices d’échauffement assouplissent les muscles, les articulations, les tendons et les différentes parties du corps, ils peuvent être exécutés librement. […]
On doit toujours :
  • Se relaxer, physiquement et mentalement
  • Prendre son temps
  • Exécuter les exercices par étapes progressives
  • Continuer à respirer naturellement. »
 
 

        

            Globalité et fluidité
 
 
 
« Pendant la pratique, l’accent doit être mis sur les mouvements en tant que globalité, en faisant bien attention à ce que les mouvements des mains, des pieds et des hanches ne soient pas indépendants les uns des autres. […]
Qu’ils soient faits lentement ou rapidement, les mouvements doivent être fluides [liquides] et ne doivent jamais s’arrêter abruptement. Ils doivent être, d’une certaine manière, des mouvements sans début ni fin. Il a été dit qu’une technique a une fin définie, et que, lorsqu’on a terminé une technique, elle a été le sujet d’une cause et d’un effet, mais je ne partage pas du tout cette opinion. Si, lorsque vos mouvements sont fluides, vous avez la sensation d’avoir frappé ou bloqué, la technique est alors un succès dans une voie quasi naturelle. Il faut penser à cela en pratiquant. »
 
 

   La différence entre entraînement et pratique

 
« Par entraînement (renshû), je veux dire l’entraînement du corps, et par pratique (keiko), je signifie entraînement de l’esprit. La pratique est importante, non seulement pour les arts martiaux, mais pour d’autres activités culturelles dans lesquelles les aspects spirituels sont dominants, telles que l’arrangement des fleurs et la cérémonie du thé. Plutôt que de s’entraîner au Karaté, je souhaite mettre l’accent sur la pratique du Karate-Do. »
 
 
 
 

    Le moment de la synthèse martiale

 
« J’en conclus qu’il n’y avait rien d’autre à faire que redémarrer à zéro et étudier à la base la différence entre l’entraînement (renshû) et la pratique (keiko). […]
Quand j’avais vingt ans, j’allai dans les montagnes et appris le maniement du sabre auprès d’un homme âgé, qui était habillé comme un fermier. Je me souviens clairement de la manière dont il prenait le sabre de bois de ma main et brisait la branche d’un noisetier.
Je me souvins également, d’avoir pratiqué l’aïkido dans mes années d’études, ainsi que le judo et le kendô à l’époque du collège.
Je me souvins aussi comment un de mes aînés m’avait conseillé d’arrêter le Karaté et de me concentrer sur les autres arts martiaux, car, selon lui, le Karaté est une pratique primaire comparée aux autres arts martiaux.
Les différents types d’arts martiaux que j’étudiai fusionnèrent en un seul dans mon corps. Progressivement, j’en vins à comprendre le sens du , ou de la Voie. »
 
           

            Passer superficiellement d'un art martial à un autre ne sert à rien

« Parmi d’autres choses que j’appréciai, il y avait l’idée qu’il était futile de prendre une technique à un autre art martial et de l’appliquer au Karaté. Ceci ne peut être appliqué que par un expert accompli, pas par un débutant. »
 
 
 

            La confiance dans le professeur

« Lorsque vous rencontrez une difficulté fondamentale, vous pouvez décider qu’il est impossible de la réaliser. Dans ce cas, la seule voie à suivre est de pratiquer régulièrement ; au bout d’un certain temps, vous réussirez à la maîtriser. Si vous ne pensez qu’à vous-même, vous ne pourrez pas découvrir l’essence de la pratique. En tant que première étape pour chasser votre ego, vous devez écouter ce que votre instructeur dit et pratiquer correctement. »
 
« Je voudrais mettre l’accent sur le fait que la première chose à faire c’est d’oublier son ego. Ce qui s’apprend naturellement durant la pratique apparaîtra naturellement plus tard. Les changements ne seront pas seulement physiques, mais spirituels».
 

            La pratique n'est pas la course aux grades

 
« Essayez d’atteindre tout ce que vous pouvez par la pratique, mais quand vous frappez à la porte du dojo, ne pensez pas aux grades. Les grades, en fin de compte, concernent les gens ordinaires et communs. »
 
 
 

        Trouver l'énergie au-delà de l'épuisement physique

« Dans un sens, la pratique, qu’elle soit solitaire ou en groupe, est une bataille contre soi-même. Il y a une forte tentation à être paresseux et à pratiquer comme un passe-temps. On ne doit pas être paresseux. On doit apprendre à accepter la pratique dure. On ne doit pas penser la pratique des katas comme un combat contre un adversaire. On doit défier les limites extrêmes de sa propre force. »
 
« Nous pouvons également apprendre la puissance dont la nature nous a entourés, et comment l’utiliser, car l’homme a une grande quantité d’énergie dont il n’a pas conscience. Il me vient à l’esprit les cas prodigieux de force et d’endurance qui se sont manifestés durant des périodes de stress, lors d’incendies ou de déluges. Ils sont décrits parfois comme surhumains, mais est-ce vraiment le cas ? La personne qui s’est comportée ainsi n’était pas consciente du fait qu’elle possédait une telle puissance et je suis convaincu que de tels pouvoirs sont un don de la nature et peuvent être développés par celui qui s’entraîne sans s’économiser et avec persévérance. »
 
« Qu’est-ce que l’énergie vitale ? Bien qu’il soit impossible de donner une réponse définitive, on peut dire qu’elle est possédée non seulement par les êtres humains, mais par tous les objets, animés et inanimés. On dit que c’est l’énergie qui remplit l’univers. C’est souhaitable de sentir le flux d’énergie dans son propre corps. Cela peut être atteint par la pratique. [...]
Je crois que, depuis les temps anciens, il y a eu des personnes qui sont en possession de tels pouvoirs « surnaturels » [la télépathie et le pouvoir de faire mouvoir les objets par la pensée], et que, parmi les anciens budokas, certains connaissaient et pratiquaient de tels pouvoirs. Il me semble qu’il y a eu de nombreux cas où de tels pouvoirs ont été montrés.
Mais le débutant ne doit pas s’attendre à manifester de tels pouvoirs. Ce serait impossible. Il doit pratiquer le Karaté simplement, comme un art de combat, et il doit lutter pour devenir aussi fort que possible, mais le débutant ne sera même pas capable de faire la différence entre la concentration et la relaxation. »
 
« Il vaut mieux commencer par pratiquer un kata facile, tel que Taikyoku, dans un groupe où quelqu’un donne des ordres. Il doit être exécuté dix, vingt, cinquante cent fois, sans s’arrêter. Vous ne serez pas capable d’utiliser beaucoup votre tête mais vous ne vous y attendrez pas. A ce point, vous allez pratiquer de manière épuisante, sans vous soucier si votre corps est rigide ou pas. Pratiquez durement, c’est tout.
Que va-t-il se passer ? Dans le cas de jeunes pratiquants dotés d’une grande énergie et vigueur, qui exécuteront les katas de cette manière, ils vont s’épuiser après dix ou vingt répétitions, parce qu’il y a une limite. En continuant à pratiquer, ils vont être de plus en plus épuisés, jusqu’au point de ne plus pouvoir tenir debout, leur respiration deviendra haletante, et leur vue va se troubler. [...] En continuant dans cet état, ils vont devenir semblables à des automates et seront incapables de placer la moindre énergie dans leurs mouvements. Pour dire les choses simplement, ils ne sauront pas ce qu’ils sont entrain de faire.
A ce stade, ils vont réaliser que leurs mouvements sont devenus doux et naturels. L’esprit est devenu inutile, mais les mouvements auront été acquis par le corps lui-même.
Si la pratique continue, ils parviendront au stade où l’esprit est très clair et les mouvements du corps ont été compris. Ils vont simplement tout oublier et ramper sur le sol. Ils vont à plusieurs reprises se perdre et se retrouver, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils ressentent une forte euphorie. [...] Mais même dans ce cas, si l’on entend un ordre, ils vont réagir d’une certaine manière, et pas forcément par la force physique. Au même moment, ils en viendront à comprendre la relation entre eux et la personne qui donne les ordres, la relation entre les pratiquants, et la relation entre l’esprit et le corps.
Les mouvements du corps et le flux de sensations seront très confus au début, puis ils deviendront très sereins et finalement on entrera dans un état de tranquillité et de concentration, et la respiration deviendra régulière en dépit du caractère épuisant des mouvements.
Ce n’est pas le débutant qui peut faire cela. C’est seulement après une longue pratique qu’il sera capable de s’approcher graduellement de cet état. C’est seulement quand le corps sera longuement entraîné qu’il sera capable d’arriver à cet état.
Ne limitez pas l’exercice de vos pouvoirs à un petit niveau. Je ne pense pas que personne connaisse réellement son énergie physique et ses capacités. Vous pouvez penser que c’est impossible de continuer, mais en réalité vous en viendrez à réaliser la grande énergie de votre corps et de votre esprit. Vous n’atteindrez cette énergie que lorsque vous serez réellement tombé.
Ce type de pratique doit être fait avec des mouvements rapides, par exemple le kata Taikyoku en cinq secondes. »
 
 

            Seiza

« Vous pouvez commencer en vous asseyant, les genoux le plus écartés possible et, ensuite, en les rapprochant progressivement. En le pratiquant plusieurs fois, vous en comprendrez la signification. […]
La sensation est celle d’être suspendu par une corde tendue, qui rend impossible le fait d’arrondir le dos, même légèrement. […]
Ne fermez pas les yeux complètement […]. Fixez votre regard sur un point trois pieds devant vous, mais sans écarter les yeux. Cela peut sembler paradoxal, mais l’objectif n’est pas de regarder à l’extérieur, mais de regarder à l’intérieur de soi (une manière de parvenir à la concentration, de chasser les idées et d’introduire le calme, consiste à fixer votre regard sur un point de la pièce). Les idées parasites qui peuvent vous venir à l’esprit au début vont disparaître avec le temps. […]
Vous devez continuer à pratiquer seiza jusqu’à ce que vous puissiez vous asseoir ainsi durant une heure environ. » 
 
 
 

            Respiration

« N’arrêtez jamais votre respiration, pour aussi rapides que deviennent vos mouvements. Au début, vous allez haleter, mais si vous continuez, la respiration redeviendra normale et le restera, quelle que soit la vigueur de vos mouvements. »
 
 
 

            Yin et Yang

« Il y a plusieurs choses à apprendre. D’une part, vous devrez faire attention à la relation entre la main qui défend et la main qui se retire à la hanche. Et il est  nécessaire d’étudier intensivement comment préparer les changements, ce que sont les relations Yin-Yang, et quelle sorte d’effet ou d’énergie peut avoir la main qui bloque. »
 
 

        L'énergie centrée dans le poing

« Ce qui m’étonna c’est que même lorsque je pratiquais avec le plus de sincérité et avec toute ma volonté, mes attaques n’étaient pas efficaces. Le choc de cette découverte me conduisit naturellement à entretenir des doutes sur le coup de poing en Karaté, qui était supposé être capable de tuer un homme même trois ou cinq ans après. Je pensai que, puisque ces faits étaient relatés dans des documents anciens, ils devaient être vrais, et qu’il devait y avoir un secret enfoui concernant la mortalité du coup de poing en Karaté.
Je partis à la recherche du secret. J’étudiai une grande quantité de littérature et fis même un voyage à Okinawa pour y demander l’opinion des vétérans en Karaté. Mais leurs réponses furent ambiguës et je n’obtins pas une once de secret. Bien que j’aie demandé à être frappé, peut être plus d’un millier de fois, je ne trouvai pas un seul coup qui fut vraiment efficace, à l’exception d’une seule fois.
Dans un kumité, je devais faire une attaque haute et mon adversaire devait la bloquer et ma frapper au plexus solaire. Quand il le fit, je sentis l’air quitter mes poumons. Je pensai que j’étais sur le point de mourir. Le coup devait avoir combiné le rythme, le timing et la distance (chôsi, hyôshi, et ma no torikata). Aujourd’hui, quand je repense à cet incident, il me semble que cette combinaison a dû avoir lieu fortuitement, au cours de l’entraînement. »
 
 

           L'efficacité du coup de poing vient de l'harmonie

« Je réalisai que ma façon de penser l’énergie avait été fausse, parce que l’énergie, pour moi, avait signifié jusqu’alors celle du corps et des bras. Ce que j’aurais dû penser, c’est l’énergie du corps en tant que tout, ne formant qu’un. On parlait de l’énergie du corps et de l’énergie de l’esprit. Ce fut seulement quand que je les pensai ensemble que mes attaques commencèrent à changer. Le problème est celui d’une harmonie complète entre le corps et l’âme.
Après la Deuxième guerre mondiale, je me rendis à Tokyo et rencontrai quelques amis qui me conduisirent dans un dojo de Karaté. Ce que je vis fut très surprenant : les mouvements et les formes des pratiquants étaient à la fois petits et différents de ceux d’avant.
Alors, en 1952 ou 53, un ancien collègue me montra un moyen très efficace d’attaquer. Je fus étonné. La différence n’était pas dans la forme, qui était à peine changée, mais dans la conception. En fait, elle était en rupture avec tout ce qui précédait. Je me fis à l’idée qu’il fallait tout recommencer à la base et pratiquer à partir de ce nouveau concept. Ma manière de pratiquer fut complètement différente, plus rythmique, plutôt que des mouvements étriqués semblables à ceux d’un Pinocchio. Je n’y parvins qu’après des mois et des mois de recherche avec des jeunes karatéka. Les jeunes faisaient des progrès rapides, et c’était évident que j’avais beaucoup à apprendre d’eux.
Parmi les problèmes que j’étudiai, et parfois qu’il fallait recommencer incessamment, était la manière d’éviter de blesser les poignets, coudes et épaules. Le premier constat qui conduisit à une solution fut que le corps humain, en étant vivant, est très élastique. Si la puissance est concentrée dans le poignet ou le coude ou l’épaule, elle va retourner vers le lieu où elle est concentrée. Si vous étirez vos coudes ou votre épaule, l’énergie va s’en échapper. Avant, on pensait que les poignets devaient être renforcés en pratiquant uraken, mais ce n’est pas vrai.
Pour utiliser efficacement les poings, deux points sont importants :
  1. Relâcher
  2. Concentrer l’énergie. »
 
 

            Concentrer l'énergie dans les poings

 
« Si le corps est tendu ou rigide, l’énergie dans les coudes, épaules, ventre, hanches et jambes ne peut pas être lancée. L’énergie ne doit être concentrée que dans les poings. Je me résolus à mettre cela en pratique. […]
Il est capital de ne mettre aucune énergie dans le bras. Tendez votre coude naturellement et enlevez toute l’énergie du bras et de l’épaule. Non seulement la concentration de l’énergie doit être dans le poing, mais le mouvement ne doit pas être gêné par la tension ni la rigidité. […]
La chose la plus importante est la manière dont vous sentez : pratiquez comme si votre coup transperçait votre adversaire ou votre makiwara.
C’était en début 1956 que je commençai à avoir confiance dans mes attaques. Je demandai à un collègue de me laisser frapper son estomac. Il refusa parce que c’était deux mois après mon opération de l’estomac, pensant que ne n’avais pas suffisamment de force et ayant peur que la cicatrice ne s’ouvrit. J’insistai et il accepta finalement. En faisant attention à protéger mon propre estomac, j’envoyai mon poing très légèrement. A ma grande surprise, le coup fut très efficace, et il s’écroula. Vous pouvez imaginer combien je fus heureux, sachant que la direction prise par ma pratique n’avait pas été erronée.
Alors, en 1960, un étranger qui était un grand enthousiaste du Karaté s’adressa à moi et me demanda de frapper son ventre. C’était un homme grand, qui, disait-il, avait laissé les autres pratiquants frapper son estomac sans ressentir le moindre mal. Je ne voulais pas le faire tomber, c’est pourquoi je plaçai deux coussins autour de son ventre. Ce que j’avais à l’esprit c’était de voir si mon coup traverserait son estomac et sortirait par son dos.
Mon premier coup léger ne lui fit rien, mais le second fut différent. « Il a traversé ! » s’écria-t-il. Plus tard, il fit savoir qu’il dut se lever et aller aux toilettes plusieurs fois dans la nuit et que, désormais, il croirait tout ce que je lui dirais. »
 
 

        La forme du poing

 
« Après avoir étudié la technique de frappe, j’adoptai une forme de poing différente. Je vérifiai que la jointure de mon doigt médian frappe précisément la cible. Le point est fait en fermant le pouce et le petit doigt. C’est un poing que tout le monde peut former, mais ce le plus efficace et puissant. C’est la forme du poing aujourd’hui, tandis que la pratique avec le makiwara n’est désormais plus habituelle. Il faut faire attention à un point : quand vous tournez votre poing au moment du contact, soyez attentif à ce qu’il n’y ait pas d’énergie inutile dans le coude et l’épaule. »
 
 

            Ouvrir et fermer les poings

 
« Takeshi Shimoda nous dit une fois que si nous faisions une certaine chose, nous en tirerions de grands bénéfices. Il dit que nous devions ouvrir et fermer nos mains, en étirant nos doigts aussi largement que possible à l’ouverture, et les refermer rapidement. Il nous fut conseillé de le faire aussi souvent que possible Il le suggéra occasionnellement, sans expliquer son propos
Je le mis en pratique avec diligence, lorsque j’allais et venais de l’école en marchant. Je réalisai plus tard que cet exercice est inextricablement relié à la pratique du Karaté. Je conseille de l’essayer, bien que, moi aussi, j’évite de donner la raison. Vous trouverez la raison par vous-même.»
 
 

            Gedan baraï

 
« Les changements qui sont apparus progressivement dans la pratique du gedan baraï concernent la direction des pieds et le mouvement des hanches et du corps. [...] Bien qu’on nous ait dit d’utiliser nos hanches et notre hara, ils n’étaient pas réellement mis à profit. Quand la défense était terminée, le corps était, bien sûr, rigide. Il était impossible de bloquer parce que l’attaque s’arrêtait avant d’être achevée.
Un aspect n’a pas été suffisamment étudié, pour rectifier l’ancienne façon de penser et de s’entraîner, c’est le mouvement du corps. Il me semble que l’accent est encore mis sur la défense dans toute sa puissance. Face à la manière actuelle d’attaquer, ce sera inefficace […]. Ce qui est nécessaire, c’est d’anticiper la direction de l’attaque avant de défendre.
Pensant que ça prendrait trop de temps et que la défense arriverait trop tard, nous ne voyions pas l’intérêt de monter le gedan baraï jusqu’à l’épaule opposée. Ceci peut être compris de la manière suivante : supposez que l’adversaire soit conduit à attaquer. Son attaque est alors bloquée avec un gedan baraï. A ce moment, il est très proche et on peut répliquer avec une attaque au corps. En même temps, bien sûr, il ne faut pas qu’il y ait de mouvements ou de formes inutiles, et il faut s’appliquer à les éliminer tous.
Commencez à pratiquer à partir de la position debout, en avançant d’abord le pied gauche, en plaçant le poing gauche face à l’oreille droite (le dos de la main vers l’extérieur), et en jetant le poing droit sur le devant, avec le dos de la main vers le dessus. Simultanément, retirez votre poing droit de la hanche droite, avancez avec le pied gauche et placez votre poing gauche vers le bas, jusqu’à un point placé six pouces au-dessus du genou gauche. »
 
 

            Pied et main ensemble

« Soyez attentif à mouvoir la main gauche et le pied gauche ensemble et à faire arriver la main gauche en même temps que le pied gauche. Vous vous trouvez alors dans une position semi-faciale. »
 
 

         Shuto

« Un changement plus récent est la forme de la main dans le shuto. Au lieu d’avoir les doigts joints, ils sont écartés et la main est relevée vers le haut. La raison est que la force de la défense est plus grande et que votre adversaire peut être frappé avec plus de force. »
 
 

 

         Pourquoi des positions basses ?

« Quand j’ai commencé à m’entraîner, le corps restait presque rigide et les karatéka restaient presque debout lorsqu’ils prenaient une position. Le style bas adapté plus tard n’était pas encore aussi bas qu’aujourd’hui. La raison de cette position basse est de relâcher la tension inutilisée dans les muscles et de tester les limites de sa propre capacité
 
« On m’a souvent demandé si une position basse est souhaitable en combat. Il faut se mettre à l’esprit que la position basse est destinée à la pratique et qu’on doit être capable de faire des mouvements agiles même en position basse. Il n’y a que l’amateur qui pense que la position basse n’est pas souhaitable en combat. »
 
« Si quelqu’un adopte l’idée que la position basse est inadéquate pour le combat, il n’est pas dans le bon état d’esprit pour pratiquer. Le professeur […] a de bonnes raisons pour conduire la pratique dans cette direction. Le débutant doit suivre les instructions de bonne foi et, pour le moment, garder ses opinions pour lui. »
 
 
 

       

         Les Katas

 

« Un kata peut être vu comme une intégration des techniques défensives et offensives, mais il est beaucoup plus que cela. On doit essayer de comprendre l’esprit du maître de Karaté qui a créé ce kata, parce qu’il a sa propre vie et demande cinq à six ans pour être maîtrisé. »

 
« L’ordre des mouvements et la forme des katas n’ont pas beaucoup changé : c’est la façon de penser, basée sur les mouvements du corps, qui a considérablement changé. […] Du début à la fin, l’exécution doit être belle et rythmique, et l’exécutant rempli de vitalité et d’énergie rayonnante. Le corps et l’esprit ne doivent faire qu’un et l’énergie doit être concentrée. La respiration doit être continue, sans interruption. Dans l’ancienne pratique, on avait l’habitude de placer une pause entre un mouvement et le suivant ; maintenant, le mouvement continue rythmiquement, sans pauses, et il est fluide et flexible. »
 
« L’apparence est trompeuse. Bien que les mouvements paraissent faibles, en réalité ils ne le sont pas. Quand le corps et les mouvements étaient rigides et l’énergie dispersée, les techniques avaient l’air d’être fortes. En réalité, il n’y avait que l’exécutant qui sentait que ses attaques étaient puissantes. La seule satisfaction était de son côté ; ce n’était que de l’autosatisfaction. L’adversaire ne sentait pas la force de l’attaque, et la pratique qui consistait à arrêter les mouvements était réellement dangereuse. Elle pouvait signifier la mort pour celui qui le faisait. Une attaque qui paraît faible, douce et relâchée, dans laquelle l’énergie est concentrée, transpercera n’importe quoi. »
 
« Dans tous les arts martiaux, il y a plusieurs points communs, tels que le rythme, le timing, la distance, la respiration et le flux de l’énergie vitale, et ils sont inclus dans les katas. Mais il n’est pas nécessaire de pratiquer, de dire, comment respirer, comme s’il s’agissait d’une chose spécifique. Le point crucial est l’attitude du pratiquant face à l’exécution.
Le flux d’énergie vitale est un sujet beaucoup plus difficile, puisque des études étendues et définitives n’ont jamais été conduites jusqu’au bout. Cependant, je crois qu’on peut maîtriser l’énergie en concentrant le corps et l’esprit. »
 
 

           L'exécution des katas doit être contrastée

« Pendant que les mouvements exécutés dans les katas sont continus et rythmiques, ils sont parfois faits lentement, parfois rapidement. C’est un des trois points essentiels en Karaté :
1.        Application légère et lourde de la force
2.        Expansion et contraction du corps
3.        Techniques et mouvements lents et rapides
Il n’y a pas de raison d’utiliser la force de manière indiscriminée, de même que la vitesse en elle-même n’a pas de sens. »
 
           
    

         Travailler les katas à des vitesses différentes

 
« On peut pratiquer par exemple le kata Taikyoku en cinq secondes. Mais il y a un autre type de pratique que je conseille. Essayez d’exécuter le kata Taikyoku en trois ou quinze minutes sans arrêter vos mouvements. Vous ressentirez beaucoup plus de difficultés qu’à le faire rapidement. »
 
 

           

         Exécuter les katas en pensant à leur signification

 
« On doit comprendre la signification de chaque technique, de chaque mouvement, et aussi du kata dans sa globalité. »
 
« Cependant, les techniques ne doivent pas être pratiquées dans le seul but d’être exécutées dans les katas. Puisque le Karaté est un art de combat, chaque technique ou mouvement, qu’il soit défensif ou offensif, a sa propre signification. Le karatéka doit considérer leur signification, comment et pourquoi ils sont efficaces, et pratiquer selon ce principe. »
 
 
 

         Il faut chercher soi-même les applications des katas

« Parmi les différents katas, il y en a certains dont les fondamentaux ont été clairement décrits. En fait, c’est difficile de les exécuter en accord avec les fondamentaux.  Malgré le manque de compréhension complète, il ne faut pas dire que les mouvements n’ont pas de signification ou de fonction. Je conseille d’exécuter les mouvements, en pensant à eux, et de les interpréter à votre manière, en concentrant votre coeur et votre âme. C’est cela la pratique. »
 
 

      

         La réflexion et l'expérimentation doivent être permanentes

« Si les mouvements sont répétés deux, trois, quatre… plusieurs et plusieurs fois, quelle est leur signification ? Quelle est la signification de pratiquer les mouvements vers l’avant et vers l’arrière ? Quelle est la relation entre les hanches et les jambes ? Ces sujets et bien d’autres doivent être étudiés jusqu’à ce qu’ils soient pleinement compris. […]
Quelle que soit l’observation, le point important est qu’il faut la traduire en pratique. N’utiliser que la tête toute seule, juste penser, c’est futile. Vous devez mettre en pratique ce que vous pensez. C’est ça la pratique réelle.»
 
« Les mots sont faciles à dire ; les mettre en action n’est pas facile. Si vous avez une idée, mettez-la en pratique immédiatement. C’est pour cela que la pratique est faite. Si vous ne pouvez pas agir, c’est que votre pratique a été insuffisante ou que vous avez un point faible. »
 


[1] Shigeru Egami, The Way of Karate, Beyond Technique, London, Ward Lock Limited, 1976. Traduction de Jésus Aguila et Marie-Pierre Chanfreau.
 
 
 


 


Le Maître Funakoshi
 
20 février 2003

SHOTO-Infos n° 10
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 
 
Suite à la publication dans Shoto-Infos n° 5 & 8 d’un début d’histoire du Shotokaï en Midi-Pyrénées ainsi que d’une biographie du Maître Murakami, certains pratiquants nous ont demandé, lors du dernier stage de Blagnac, en novembre 2002, de donner d’autres éléments historiques qui leur permettraient de mieux comprendre l’origine du Shotokaï. Nous reproduisons ici un texte du Maître Shigeru Egami (celui qui a « converti » Tetsuji Murakami au Shotokaï, en 1967), qui a été publié en juillet 1984 dans la revue Shoto n° 2.
 
 
 
 
 
             Le Maître Funakoshi,
fondateur du Karaté moderne 
 
 
« Quand Gichin Funakoshi vint à Tokyo au début des années 1920, l’art du karaté était pratiquement inconnu en dehors de la préfecture d’Okinawa. Son intention en faisant le voyage, à l’invitation du Ministère de l'Educa­tion, était de donner une démonstra­tion de l'art, puis de retourner à Okinawa. Il ne le fit pas, à cause des conseils qu’il reçut de Jigoro Kano, le père du Judo, et Hakudo Nakayama, une grande autorité en Kendo, et d’autres.
 
Ayant décidé de répandre le Karaté­-Do (la Voie du Karaté) à travers le Japon, il s’efforça de le faire avec déter­mination et enthousiasme, mais pas sans difficultés. Le nombre d'étudiants qui se dirigeaient vers lui pour recevoir une instruction était très petit au début. Il vécut donc pauvrement et dut faire un grand nombre d'emplois supplémen­taires pour vivre. Qui aurait pensé à cette époque que la popularité de cet art de défense se répandrait au-delà du Japon pour être connu dans le monde entier ?
 
Je me souviens des voyages que nous autres, qui suivions Funakoshi, fîmes dans la région de Kyoto‑Osaka et aussi dans l’île méridionale du Kyushu, sous la direction de Takeshi Shimoda, notre instructeur et le plus doué des élèves de Funakoshi. Ayant servi comme assistant de Maître Funakoshi, il nous enseignait quand le Maître était occupé. C'était aux alentours de 1934, environ douze années après que le Maître ait donné sa première démonstration à Tokyo. Le Karaté, en ces jours, avait la réputation de n'être rien qu'une méthode de com­bat, mais il y avait une aura de secret et de mystère. […]
 
Bien que je ne sois pas au courant des détails de la carrière de Shimoda, je sais qu'il était un expert de l'école Nen ryu de Kendo, et étudia aussi le nin-jitsu (l'art de se rendre invisible). Par un de ces malheureux coups du destin, il tomba malade après notre voyage de démonstration et mourut peu après.
 
 
 

    Le fils du Maître : Gigo Funakoshi

 
Sa place fut prise par le troisième fils du Maître, Gigo, qui n'était pas seulement un homme d'un excellent caractère, mais aussi avec une grande maîtrise des techniques de l'art. Il n'y avait per­sonne de mieux qualifié pour éduquer les jeunes étudiants. Toutefois, comme il travaillait comme technicien de rayon X à l'Université Impériale de Tokyo et au Ministère de l'Education, il était très réticent à prendre cette tâche additionnelle, ce qu'on comprend. Après avoir été fortement sollicité par son père et par les étudiants, il agréa finale­ment et il gagna vite notre admiration aussi bien que notre respect.
 
Je me rap­pelle encore très bien de comment on avait l'habitude de le nommer "Waka Sensei", c'est à dire jeune professeur, pour le différencier de son père, que nous appelions alors "Ro Sensei", ce qui signifie "professeur âgé". (A noter que Gigo était aussi appelé Yoshitaka, qui est une autre façon de traduire les deux caractères qui composent son prénom). Comme Shimoda, Gigo Funakoshi mourut au printemps de sa vie, quand il avait la trentaine. C'était en l'été 1945 et je pense qu'il doit être mort de cha­grin.
 
 
 
              Le Dojo Shotokan
 
Pendant les premières années, Maitre Funakoshi n'avait pas son propre dojo, mais finalement au prin­temps de 1936, le Dojo Shotokan fut construit dans la zone de Mejiro à Tokyo. Quand, en mars 1945, il y eut un grand raid aérien à Tokyo (bien sûr il y en eut beaucoup d'autres), ce splendide dojo s'en alla en flammes. Il avait fallu l'effort de beaucoup de monde, dont Gigo, qui n'était pas des derniers. Déjà hospitalisé à cette époque, ce dut être trop pour lui de voir ce rêve détruit.
 
 
 
              La recherche spirituelle du Maître Egami
 
Que Takeshi Shimoda et Gigo Funakoshi soient morts si jeunes, fut une grande perte pour le monde du Karaté‑Do. S'ils étaient encore en vie aujourd'hui, que penseraient‑ils de la présente situation ? Le karaté pratiqué aujourd'hui est assez différent de celui pratiqué il y a quarante ans, et on dit que le nombre de styles approche la centaine. Beau­coup d'écoles envoient des instructeurs dans différents pays pour propa­ger leurs techniques respectives. Bien que l'on puisse dire qu'il y a quelques groupes aux Etats-Unis et en Europe qui ont pour objectif de comprendre I'esprit de l'Extrême-Orient comme moyen de équilibrer et dépasser l'im­passe crée par la civilisation matéria­liste et qui mettent l`accent sur 1'aspect spirituel du Karaté, la triste vérité est que la plupart des styles ne font qu'en­seigner des techniques de combat et négligent les questions spirituelles.
 
Même les pratiquants qui parlent seu­lement des aspects spirituels de l'art, ont comme vrai but de gagner des com­pétitions. Ils parlent de se forger un esprit indomptable, ce qui en soi est louable, mais nous devons penser aux résultats si cet esprit est mal utilisé. C'est comme un fou avec un couteau ou une arme à feu contre des gens inno­cents et le résultat ne peut être que désastreux.  […] La situation actuelle est que la majorité des occidentaux pratiquent avant tout le Karaté pour ses techniques de combat - et il faut bien reconnaître que la tendance à se battre n’est pas moins répandue chez les humains que chez les autres animaux. Il est très peu sûr que ces enthousiastes du Karaté soient parvenus à une pleine compréhension du Karaté-Do. Il faut également mentionner l’influence néfaste des films et de la télévision sur cette image que le public a du Karaté.»
 
Traduction du livre de Maître Shigeru. EGAMI : The Heart of Karate-Do, Londres, Kodansha International, 2000 (première édition sous le titre The Way of Karate, 1976)
 
 
 

 
 


Art martial ou sport ?
15 novembre 2002

SHOTO-Infos n° 7
Bulletin de liaison Shotokaï Murakami
Midi-Pyrénées
 
 
 

Voici un texte, du Maître Murakami lui-même, qui peut alimenter la réflexion de nos pratiquants sur les valeurs fondamentales de notre Karaté.

 
 
 
        Le Karaté-Do Shotokaï est-il un Art martial ou un Sport ?
 
« Que le Karaté-Do soit considéré comme un Art martial (Budo) ou comme un sport, I'es­prit doit en demeurer le même, et la tendance ac­tuelle semble parfois le faire dévier de son chemin.
 
 
 
        Un Karaté traditionnel
 
« Par sa nature même, I'homme recherche continuellement le progrès. C'est un des aspects de sa force. Sans une certaine forme de progrès, il est difficile de concevoir une amélioration de la condition humaine Mais une grande faiblesse est liée à cette force: : le désir de trouver du nouveau à tout prix.
 
L’homme est ébloui par tout ce qui est  neuf, tout ce qui brille. Ce caractère superficiel l'éloigne donc de jour en jour du but recherché, sans qu'il s'aper­çoive de son erreur. Il faut sans cesse prendre un recul, revenir aux sources des choses, non pour s'immobiliser ni pour se contempler, mais pour mieux avancer sans erreur possible.
 
Les grands maîtres d'Arts martiaux modernes, Ueshiba (Aïkido), Kano (Judo), Funakoshi (Karaté), ont rénové les tech­niques en leur conservant leur sens fondamental. C'est pour cette raison que nous voulons baser notre travail, notre effort, nos recherches, sur l'aspect traditionnel du Karaté, afin de le faire épanouir au contact de la vie d'aujourd'hui.
 
 
 
        Le Karaté‑Budo
 
« Beaucoup de gens qui n'étaient pas ignorants sur la pratique du Karaté abordèrent très super­ficiellement le problème en classant les pratiquants en deux catégories: les sportifs et les mystiques.
 
Selon eux, seuls les sportifs recherchent l'efficacité. Les autres pratiquent le Karaté comme des gens qui vont à l'Eglise. Cette concep­tion simpliste est complètement erronée. Elle ignore le vrai sens du Budo.
 
Autrefois, le samouraï vivait dans un danger perpétuel. Pour lui, posséder une certaine force et une certaine technique n'était en fait qu'un point de départ. Ce n'était pas suffisant... Prendre le thé, marcher dans une ruelle, étaient autant de moments où il devait être prêt à défendre sa vie et donc à vaincre un ou plusieurs adversaires.
 
Il était hors de question qu'il pratique les Arts martiaux comme un entraînement sportif et le combat comme une compétition. Le samouraï devait atteindre une efficacité au‑delà de toute technique.
 
C'est ainsi qu'il cultivait essentiellement son sixième sens : I'instinct.
 
Myamoto Musashi, le célèbre samouraï du XVII° siècle, est mort dans son lit à l'age de 63 ans. Il avait survécu à plus de soixante combats. On raconte qu'il était capable de juger la valeur d'un adversaire à sa démarche ou en prenant le thé avec lui. Sans verser dans des légendes invérifiables, remarquons cependant qu'elles expliquent bien des exploits de sa vie.
 
 
 
            A la recherche de l'efficacité absolue
 
« Posséder un sixième sens développé, appré­cier à sa juste valeur son adversaire ne sont pas des choses faciles à acquérir. En Karaté, on ne peut atteindre l'esprit sans passer par le corps, vaincre l'adversaire sans vaincre soi‑même. Vaincre soi‑même : le corps et les senti­ments.
 
D'abord le corps. Il faut le « casser », lui enlever toute résistance, puis le modeler, le former... un entraînement extrêmement dur est nécessaire. I1 faut ensuite éviter la facilité. La recherche de la difficulté est un impératif. Se surpasser dans l'effort, aller sans cesse au‑delà de ses limites...
 
C'est à ce prix que l'on apprend à se connaî­tre vraiment et qu'apparaissent à vif nos senti­ments les plus divers et les plus néfastes : haine, violence, paresse, impatience. Les vaincre sera alors d'une extrême facilité. A travers cet effort, nous arrivons donc à une connaissance approfondie de nous‑mêmes. Puis à une harmonie avec l'univers, puis au silence.
 
...Dans ce silence, nous percevons l'adver­saire, sa présence, son corps, sa respiration, ses intentions : il essaiera de rompre notre har­monie. Un temps s'écoulera entre sa décision et son mouvement. C'est pendant cet intervalle de temps, si minime soit-il , que nous agirons.
 
En Budo, le combat commence dès que nous apercevons la présence agressive de l'adversaire et il se termine dès le début du mouvement. Dans un véritable combat de Budo, il y a très peu de mouvements. L'homme vraiment supérieur doit être capable de donner la paix.
 
 
 
            La Voie par le Karaté
 
« Il est sûrement intéressant de pratiquer le Karaté comme un sport, mais il le sera peut­-être plus si nous essayons d'aller plus loin. C'est‑à‑dire la recherche d'une efficacité plus grande encore, qui nous permettra, par cette recherche même, de nous connaître et lutter contre nos défauts, de connaître les autres et de les aimer, d'atteindre une unité intérieure et de la projeter vers l'univers extérieur. Peut‑être, ainsi, contribuer, à notre manière, à la paix et à la vie ».
 
Tetsuji MURAKAM1
Texte extrait du Manuel pratique du Karaté-Do,
 publié à Toulouse par Robert Lasserre en 1974.